Banque de Luxembourg Investments - Marchés obligataires : retour sur l'inflation et la dévaluation monétaire à l'aune de l'impact grandissant des monnaies numériques

23/12/2025 - source : Patrimoine 24

L’épisode inflationniste post-Covid a relancé le débat sur la confiance monétaire. Du Bitcoin aux Stablecoins, ces innovations numériques redessinent le paysage financier et interpellent les investisseurs obligataires.

En 2023, dans mon article « Gestion obligataire et remontée des taux », j'explorais les conséquences de l'inflation persistante pour les investisseurs obligataires. Le constat était sans appel : l'expansion monétaire sans précédent orchestrée par les banques centrales, couplée aux plans de relance massifs, avait déclenché des pressions inflationnistes que le marché obligataire n'avait pas connues depuis des décennies.

Deux ans plus tard, l'inflation se modère, mais les déficits budgétaires demeurent. Et le débat a évolué. Au-delà de la simple gestion des taux, une question plus fondamentale émerge : la dépréciation monétaire est-elle inévitable dans nos systèmes fiduciaires ? Et si oui, les innovations numériques – du Bitcoin aux stablecoins – offrent-elles des alternatives viables ?

Cette réflexion ne cherche pas à défendre les cryptomonnaies contre la monnaie traditionnelle, ni l'inverse. Elle vise à examiner, avec la rigueur qui s'impose aux professionnels de la finance, comment ces nouvelles technologies s'inscrivent dans le paysage monétaire actuel et quelles implications elles portent pour les marchés obligataires.

→ Point de départ :

le livre blanc de Satoshi Nakamoto publié en 2008, qui proposait une réponse technologique à un problème économique ancien – celui de la confiance dans la monnaie.

→ Fil conducteur :

comprendre si cette réponse tient ses promesses, à la lumière des données post-COVID et des développements récents autour des stablecoins.

Quand la planche à billets s’emballe L’épisode post-Covid : anatomie d’une crise inflationniste

La pandémie de Covid-19 a constitué un laboratoire grandeur nature en matière de politique monétaire.

Le bilan de la Réserve fédérale américaine est passé de 4 200 milliards de dollars début 2020 à plus de 8 900 milliards mi-2022. Dans le même temps, les gouvernements déployaient des plans de relance d'ampleur inédite – 2 200 milliards de dollars pour le seul CARES Act américain.

Cette injection massive de liquidités s'est d'abord heurtée à un effondrement de la vélocité monétaire : confinements obligent, l'argent circulait moins. Mais dès la levée des restrictions, la demande refoulée a rencontré des chaînes d'approvisionnement paralysées. L'équation de Milton Friedman MV = PY (masse monétaire × vélocité = niveau des prix × production) s'est alors rappelée au bon souvenir des investisseurs : avec M en forte hausse et Y contraint, P ne pouvait qu'exploser.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'inflation américaine a culminé à 9,1% en juin 2022, celle de la zone euro à 10,6 % en octobre. Pour les marchés obligataires, le choc fut brutal : les rendements des Bons du Trésor américain à 10 ans sont passés de moins de 1% à plus de 4% en l'espace de deux ans, comprimant les valorisations et forçant un repositionnement massif vers des maturités plus courtes et des titres indexés sur l'inflation.

Cet épisode a mis en lumière une réalité fondamentale : l'inflation demeure l'ennemi silencieux du détenteur d'obligations, érodant inexorablement le pouvoir d'achat des coupons fixes. Mais il a aussi soulevé une question plus profonde sur la nature même de nos systèmes monétaires.

 

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Par  Jean Philippe Donge

 

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