Entreprise à mission, Blanchisserie de Paris fait progressivement son trou sur le marché industriel du blanchissage de linge en Ile-de-France. Epaulée à trois reprises par Vatel Direct via des opérations de crowdlending pour un total de 2 millions d’euros, la société fondée par Cyril Corria ambitionne de plus que doubler son chiffre d’affaires dans les cinq prochaines années.
Il y a une quinzaine d’années, Cyril Corria lançait La Blanchisserie de Paris (blanchisseriedeparis.fr), un service industriel de blanchisserie à dimension sociétale, environnementale et écologique à destination des hôtels et de la restauration principalement. « Notre marché de la location et de l’entretien de linge, tapis et vêtements professionnels est dominé par un acteur coté en Bourse, Elis, dont je suis issu, et qui capte 70 % du marché, expose le dirigeant. Alors que j’y ai démarré ma carrière d’abord en tant que chauffeur-livreur jusqu’à responsable du service client, j’en suis parti pour voir élargir mon expérience. Je suis ainsi passé par le groupe Bertrand avant d’assouvir mon envie d’entreprendre. »
En 2010, Cyril Corria reprend une blanchisserie, Lineo Service, à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, avec quatre clients en portefeuille et une équipe de trois personnes. L’activité fonctionne bien : il capte notamment des parts de marché dans le domaine de l’hôtellerie, un secteur alors en retard. « Plus petits, plus vigilants, plus à cheval sur la qualité de service, nous avons pu répondre à des sollicitations de clients. Nous sommes en effet à leur écoute, avec un suivi personnalisé, et la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur nous permet de nous adapter aux demandes des clients, en particulier avec des produits personnalisés. »
Quatre ans plus tard, la société change de nom pour devenir La Blanchisserie de Paris ce qui lui donne un « côté à la fois moderne et traditionnel et lui permet d’avoir un bon référencement naturel ». Elle s’implante alors à Chilly-Mazarin, en Essonne, et poursuit son développement rapide. Des investissements lourds sont en effet réalisés, entre achat de linge et construction de l’usine.
15 millions d’euros de chiffre d’affairesPour soutenir sa croissance, la société a recours à Vatel Direct, filiale à 100 % de Vatel Capital, et mène une campagne de crowdlending. 500 000 euros sont levés une première fois en 2016, puis une seconde fois en 2019. En mars 2023, la Blanchisserie de Paris réalise une troisième levée de fonds d’un montant de 1 million d’euros.
Aujourd’hui, la structure génère 15 millions d’euros de chiffre d’affaires et ambitionne d’atteindre les 40 millions d’euros, d’ici cinq ans. Avec deux-cent-dix salariés à temps plein, elle opère pour le compte de près de trois cents clients, principalement pour le secteur hôtelier des trois à cinq-étoiles.
Outre quelques brasseries et restaurants, Blanchisserie de Paris compte parmi ses clients l’AP-HP et connaît un important développement sur la zone aéroportuaire de Roissy et autour de Disneyland Paris. Aujourd’hui, ses deux premières usines lavent quotidiennement quarante tonnes de linge à elles deux. La troisième, récemment construite, permet d’absorber un volume de soixante tonnes par jour.
« Alors que nous étions confrontés à la lourdeur administrative des banques, nous avons apprécié la rapidité – en moins de trois mois – de la mise en place des fonds, car notre besoin était immédiat pour assurer notre besoin en fonds de roulement, indique Cyril Corria. En effet, même si nous générions un important chiffre d’affaires, notre trésorerie restait tendue et notre activité peu connue. La formule est simple, avec un remboursement mensuel et dégressif. Sans cette campagne avec Vatel Direct, société que nous avons connue par le bouche-à-oreille, nous n’aurions pas pu avoir un développement aussi rapide, car celui-ci repose sur notre capacité à mobiliser du cash. »
Blanchisserie de Paris est donc une des soixante structures financées via Vatel Direct pour un total de 77 millions d’euros levés (entre 500 000 et 2 millions d’euros par opération via des obligations classiques ou convertibles). « Blanchisserie de Paris est un cas symbolique du type d’entreprise que nous finançons, confie Matthieu Lambert, directeur général délégué de Vatel Capital. Nous avons vocation à adresser le ventre mou des PME, mal perçu par les banques et les fonds de Private Equity qui ne s’intéresse pas à ses structures pour des questions de taille ou de secteur d’activité. Or les PME françaises ont des besoins vitaux de financement, estimés à 400 milliards d’euros par an, mais assumés qu’à seulement 60 % par les banques. Cependant, elles sont cent-quarante mille en France, et représentent un quart de la valeur ajoutée nationale et quatre millions d’emplois. Contrairement aux banques, notre analyse repose avant tout sur les qualités humaines des dirigeants plutôt que sur un fichier Excel. Nous embrassons leur histoire et leur développement futur. Dans ce sens, Blanchisserie de Paris est un exemple parfait de PME qui vient titiller un acteur dominant sur son marché et fait progressivement son trou. »
Chaque année, une dizaine d’entreprises sont ainsi financées, principalement dans les domaines de la santé (matériel médical), des PME industrielles, le service BtoB, l’énergie ou encore le tourisme. « Pour l’investisseur, il s’agit de contribuer au développement d’une PME dès 100 euros pour un rendement fixe de 8 à 10 % sur une durée également fixe allant de deux à cinq ans, indique Francisque Lebrunie, directeur général de Vatel Direct. Chaque mois, il perçoit ses intérêts et une partie du capital prêté, ce qui lui permet de “dérisquer” son investissement au fil du temps, contrairement à un crédit in fine. »
Entreprise à missionSolide, la société passera la crise sanitaire, une période qui lui permettra de se repositionner en renforçant son positionnement sur des valeurs extra-financières. En effet, Cyril Corria est très attaché à l’impact environnemental et sociétal de son activité. Blanchisserie de Paris est d’ailleurs une entreprise à mission depuis 2023. « Avec une forte culture d’entreprise, nous avons l’ambition de nous inscrire dans l’économie du futur, avec un système équilibré qui ne repose pas que sur la performance financière », assure-t-il.
Sur le plan écologique, la Blanchisserie de Paris s’appuie sur des produits certifiés Ecolabel et sur des usines à la pointe dans le domaine de l’utilisation de l’eau. « Nous recyclons notre propre eau, nous avons des systèmes de récupération des calories pour réduire notre consommation d’énergie, nos flottes de véhicules est à 100 % électrique, nous lavons à basse température (pas plus de 40°)…, énumère Cyril Corria. Notre troisième usine, à Grigny, se veut peu consommatrice en eau. Alors que la moyenne du marché est à six ou sept litres par kilo de linge lavé, nos deux premières usines ne consommaient déjà que trois litres. Avec cette troisième unité, nous allons plus loin et réduisons cette donnée à un litre, grâce à un partenariat en R&D fort avec un industriel. »
Par ailleurs, la vocation sociale de l’entreprise se matérialise par son implantation dans des villes en difficulté de l’Essonne, mais aussi au travers de l’emploi de personnes en situation de handicap. Ainsi, 50 % de ses salariés de sa dernière usine sont des personnes en situation de handicap.
Pour poursuivre sa croissance, la structure devrait réaliser une première opération de croissance externe cette année. « Si le marché est ultra-dominé par Elis, il existe encore des sociétés familiales dont les dirigeants, qui n’ont pas de repreneur au sein de leur famille, souhaitent transmettre leur clientèle à un acteur engagé comme nous », note le dirigeant. Alors qu’elle opère uniquement en Ile-de-France, elle pourrait élargir son champ d’action en province.
Une quatrième opération de financement participatif sera-t-elle à nouveau menée avec Vatel Direct ?