Nicolas Forest, CIO de Candriam, présente son bilan des six premiers mois de l'année et ses perspectives pour le second semestre 2025.
Nicolas Forest, CIO de Candriam
Au 13 juin, l’indice MSCI US avait sous-performé de 8 % depuis le début de l’année, tandis que les bons du Trésor américain ont fait preuve d’une grande volatilité, en raison de l’incertitude politique, du déficit budgétaire et de la défiance envers les actifs américains.
L’économie américaine a fait preuve de résilience malgré un climat politique particulièrement perturbé au cours du premier semestre. Les droits de douane agressifs imposés par Donald Trump ont pesé à la fois sur les ménages comme sur les entreprises. Nous pensons que l’incertitude liée à la politique de Donald Trump devrait persister au cours des prochains mois. Le projet de loi phare du président, le « One Big Beautiful Bill », ne devrait offrir qu’un soutien budgétaire limité à l’économie américaine. Dans ce contexte, nous anticipons un ralentissement de la croissance du PIB au second semestre.
Nous maintenons donc une vision prudemment positive sur la duration américaine. Nous anticipons une légère baisse des rendements, accompagnée d’une forte volatilité. La trajectoire de l’inflation devrait rester irrégulière, sous l’effet combiné de pressions haussières liés aux tarifs douaniers et la relance budgétaire mais qui pourraient être compensée par un affaiblissement de la conjoncture économique. Face à ce contexte, la Réserve fédérale pourrait faire preuve de patience, avec deux baisses de taux attendues vers la fin de l’année. Nous prévoyons que le rendement des bons du Trésor à 10 ans pourrait s’établir autour de 4,2 % d’ici la fin de l’année.
Du côté des actions, la politique de Donald Trump remet en cause l’exceptionnalisme américain, fragilisant les valorisations élevées et la croissance des bénéfices observées en 2024. Les actions américaines ont depuis fortement rebondi et sont revenues à leur niveau d’avant la « Journée de la Libération ». Elles semblent aujourd’hui pleinement valorisées, les marchés intégrant un scénario favorable en matière de politique commerciale et budgétaire. Cela limite le potentiel de hausse et accroît le risque de déception. En prenant en compte les nouvelles commandes et les prévisions de croissance du PIB, nous tablons sur une progression des bénéfices de 5 % par action, ce qui est bien en deçà des attentes du marché, qui misent sur 9 à 10 %. Dans cet environnement, nous privilégions certains secteurs comme la tech américaine, soutenue par la dynamique structurelle de l’IA.
Zone euro : malgré l’amélioration du sentiment, l’économie européenne reste vulnérableAu 13 juin, l’indice MSCI Europe affichait une performance solide de 10 %. Le rebond du marché a été porté par plusieurs facteurs : des flux plus importants vers l’Europe, des valorisations relativement attractives, le cycle d’assouplissement de la BCE, l’annonce du plan de relance allemand, l’amélioration de la consommation chinoise et la baisse des prix du pétrole Brent. Les obligations d’État allemandes ont été très volatiles depuis le début de l’année, notamment à certaines périodes en raison des tensions politiques des deux côtés de l’Atlantique.
Depuis l’été dernier, la demande européenne et le sentiment économique se sont légèrement améliorés. Toutefois, la zone euro reste vulnérable à un durcissement des relations commerciales avec les États-Unis. Par ailleurs, si la Chine tente d’accroître sa pénétration des marchés européens, elle pourrait être encore davantage fragilisée. Les annonces du gouvernement allemand ainsi que le plan de la Commission européenne pourraient contribuer à amortir l’impact négatif de la guerre commerciale. Au cours des six prochains mois, la croissance devrait ralentir, mais une récession devrait être évitée grâce au cycle de baisse des taux initié par la BCE.
Dans ce contexte, nous restons positifs sur la duration européenne. La BCE semble s’approcher de la fin de son cycle de baisse des taux. Nous anticipons encore deux baisses supplémentaires d’ici la fin de l’année, soutenues par une inflation bien ancrée et un environnement macroéconomique modéré. Nous prévoyons que les rendements resteront globalement dans une fourchette stable, avec un rendement du Bund qui devrait graviter autour de 2,4 %. Au-delà des pays du noyau dur, notre position est plus nuancée. Dans le segment semi-core, comme la France, nous anticipons un léger élargissement, avec des taux susceptibles d’atteindre environ 3,2 %, contre 3,1 % actuellement. Des niveaux élevés de dette publique, combinés à une incertitude politique et budgétaire persistante, pourraient exercer une pression haussière sur les taux de cette catégorie. À l’inverse, dans les marchés périphériques, nous prévoyons une légère tendance au resserrement. Les taux italiens devraient se dirigers vers les 3,3 %, et les rendements espagnols vers 3,0 %, soutenus par une trajectoire budgétaire plus saine et des perspectives de croissance plus résilientes.
Du côté des actions, la zone euro se trouve à un carrefour. Elle doit arbitrer entre les dépenses de défense et d’infrastructure et les droits de douane américains. Bien que l’Europe soit exposée aux tensions commerciales, elle pourrait bénéficier de réponses budgétaires plus vigoureuses et de valorisations plus attractives, ce qui compenserait partiellement les vents contraires liés aux tarifs. Cependant, après le fort rebond observé sur les marchés, les valorisations sont moins attrayantes, et certains secteurs domestiques comme les financières et les services publics apparaissent onéreux. Nous adoptons désormais une approche plus équilibrée, dans la mesure où les bénéfices devraient être affectés par un renforcement de l’euro face au dollar.
L’Or confirme son statut de valeur refugeDepuis le début de l’année, l’or a enregistré une progression d’environ 29 %, soutenue par les tensions géopolitiques et l’incertitude induite par les politiques de Trump.
En dépit de sa performance impressionnante depuis le début de l’année, l’or demeure une couverture solide dans un monde marqué par une complexité géopolitique élevée et une forte volatilité des taux d’intérêt réels. L’affaiblissement du dollar américain constitue également un facteur de soutien pour le métal précieux. Malgré des rendements obligataires positifs, la demande d’or reste soutenue par les achats des banques centrales et une évolution des préférences en matière d’actifs de réserve.
Par ailleurs, la demande des investisseurs particuliers et des fonds cotés (ETF) a augmenté, les investisseurs cherchant à se protéger contre les risques macroéconomiques.
Devises : fin de règne pour le roi dollar ?Au 13 juin 2025, le dollar américain a connu un net recul face aux principales devises. Le billet vert a chuté de plus de 10 %, enregistrant l’une de ses pires performances historiques depuis le jour d’investiture. Cette faiblesse du dollar s’explique par une baisse de la demande pour les actifs libellés en dollars, induite par les politiques de Trump, ainsi que par des sorties de capitaux.
Au cours des six prochains mois, nous anticipons une poursuite de l’affaiblissement du dollar américain. La Réserve fédérale devrait procéder à deux nouvelles baisses de taux dans un contexte de ralentissement de la dynamique économique, ce qui réduira l’avantage relatif des rendements américains — en particulier alors que d’autres banques centrales, dont la BCE, approchent de la fin de leurs propres cycles de baisse. Parallèlement, le déficit budgétaire américain en forte hausse, aggravé par la baisse des recettes fiscales (réductions d’impôts), érode la confiance dans la viabilité à long terme des finances publiques des États-Unis. Cela, combiné aux efforts croissants des gestionnaires de réserves mondiaux pour rééquilibrer leur exposition en devises et réduire leur dépendance au dollar, devrait accentuer la pression sur la devise américaine. Ainsi, nous prévoyons que le dollar poursuivra une trajectoire de dépréciation progressive, notamment face aux devises bénéficiant d’un redressement de leur balance extérieure et de dynamiques de valorisation plus favorables. Nous anticipons un taux EUR/USD à 1,18 dans six mois.
Par Nicolas Forest, CIO de Candriam
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