Ecofi - 2026 : On prend les mêmes et on recommence… ?

08/01/2026 - source : Patrimoine 24

L’année 2025 fut pleine de rebondissements : de l’élan de souveraineté en Europe aux nombreuses rodomontades de Donald Trump, en passant par l’instabilité de l’environnement géopolitique. Malgré ces perturbations, 2025 restera un excellent millésime pour les actifs risqués, avec des performances dépassant les 20% pour certains grands marchés. La croissance de l’économie mondiale s’est avérée satisfaisante et le phénomène de désinflation s’est globalement prolongé. Les Banques centrales ont, dans l’ensemble, poursuivi leur assouplissement monétaire initié en 2024, quoique de manière plus modeste. Mais les fins d’année coïncident aussi avec le traditionnel exercice des perspectives annuelles et ce numéro du Mensuel n’y échappera pas. L’année 2026 s’inscrira-t-elle dans la continuité de 2025, ou bien marquera-t-elle au contraire une rupture ? 

Florent Wabont paysage portraitFlorent Wabont, Economiste chez Ecofi

La croissance économique de la zone Euro en 2025 a été supérieure aux attentes du consensus exprimées en début d’année. Cette bonne dynamique masque toutefois d’importantes disparités. La demande privée reste inégale, l’industrie manufacturière peine face aux services, et les pays du sud se sont démarqués de ceux du cœur de l’Europe. Contrairement au consensus, nous nous étions montrés plus optimistes en début d’année 2025 et nous le sommes de nouveau pour 2026. L’accord sur les droits de douane entre l’UE et les Etats-Unis procure un peu plus de visibilité aux entreprises, mais sa mise en application pourrait encore montrer un « trou d’air » sur les données de fin 2025 et de début 2026. Au-delà, le déploiement du plan allemand devrait contrer en partie l’aspect négatif de la politique commerciale américaine. Ce plan, dont les retombées positives sur l’économie allemande et celle de la zone Euro dépendent avant tout de l’ampleurdu multiplicateur budgétaire, ne doit toutefois pas être considéré de manière isolée. Ces mesures interviennent en effet à un moment crucial du cycle économique en zone Euro. Les baisses de taux effectuées par la BCE depuis 2024 n’ont pas encore totalement infusé dans l’économie et les gains de pouvoir d’achat enregistrés grâce à la baisse de l’inflation constituent toujours un point d’appui. Ces éléments, couplés à la possibilité d’un renforcement supplémentaire en matière d’autonomie stratégique européenne, laissent présager d’une croissance pour 2026 supérieure à son potentiel estimé autour de 1%. Dans le même temps, plusieurs facteurs sont susceptibles d’exercer des pressions désinflationnistes à court terme : l’appréciation de l’euro face au dollar et aux principales devises internationales, la baisse des prix de l’énergie ou encore la réorientation des flux de marchandises chinoises vers l’Europe dans le contexte de la guerre commerciale sino-américaine. Toutefois, des pressions inflationnistes pourraient progressivement émerger, à mesure du déploiement du plan allemand et de l’inflexion du cycle économique que nous anticipons. 

Parallèlement, le taux de chômage de la zone Euro devrait poursuivre sa baisse et rester inférieur au taux de chômage d'équilibre à long terme, en dessous duquel les pressions salariales augmentent et au-dessus duquel elles diminuent. Dans ce contexte, la BCE devrait maintenir sa politique monétaire inchangée au cours des six prochains mois. Pour la seconde partie de l’année, nous envisageons la possibilité d’un durcissement de la politique monétaire voire d’une remontée des taux directeurs, sous réserve de la matérialisation de notre scénario d’embellieconjoncturelle. 

Aux Etats-Unis, le taux effectif des droits de douane appliqué par les Etats-Unis au reste du monde a bondi de 2,4% fin 2024 à environ 15% fin 2025, négociations et exemptions incluses. Le ralentissement de l’économie américaine observé jusqu’ici devrait se prolonger à court terme, sous l’effet de plusieurs facteurs : la baisse du pouvoir d’achat des ménages due aux droits de douane, le choc d’incertitude lié à la politique économique erratique de Donald Trump, la fragilité du marché de l’emploi et la période prolongée de shutdown. Cependant, la conjonction de la réduction de l'incertitude commerciale, de l'atténuation progressive de l'impact des hausses de droits de douane sur les consommateurs, ainsi que l’effet à venir des baisses de taux déjà effectuées par la Fed et la détente des conditions financières, contribuerait ensuite à favoriser une réaccélération de l’économie américaine et une amélioration des métriques de l’emploi. 

 

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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi

 

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