Ecofi - Au pays de l’Oncle Sam, le consommateur est-il toujours le roi ?

20/01/2026 - source : Patrimoine 24

Aux États-Unis, les élections de mi-mandat approchent et Donald Trump a décidé de s’attaquer à un enjeu de taille : le pouvoir d’achat des ménages. Les chiffres d’inflation pour le mois de décembre et ceux des ventes au détail de novembre publiés la semaine dernière nous offrent l’occasion idéale pour discuter de ce sujet crucial. 

Florent Wabont paysage portraitFlorent Wabont, Economiste chez Ecofi

L’inflation américaine (mesurée par l’indice CPI) est restée inchangée en décembre 2025 à 2,7% sur un an, de même que l’inflation hors énergie et alimentation à 2,6%. Ce net ralentissement de l’inflation depuis les plus hauts de l’année à ~3% en août et septembre souffre néanmoins de quelques écueils. 

Le BLS (Bureau of Labor Statistics) a, en effet, fait le choix de procéder à des adaptations méthodologiques, dans un environnement de travail dégradé durant la période de gel des activités gouvernementales. L’inflation du mois d’octobre n’a pas pu être calculée convenablement et l’évolution de la catégorie des loyers (~40% du poids de l’indice des prix) a été approximée à 0% de variation mensuelle en octobre et en novembre. Par construction, ce choix aura pour conséquence une sous-estimation de l’inflation dans cette catégorie jusqu’en avril prochain. D’autres catégories ont par ailleurs pu être affectées du fait de cet environnement de travail dégradé, dans un contexte déjà marqué par un manque de budget et de personnel. Au total, deux observations principales ressortent de ces chiffres du mois de décembre : 

(i) l’inflation mesurée dans les biens a stagné (0% au mois le mois et 1,4% en glissement annuel) et laisse suggérer que l’essentiel de la transmission de l’augmentation des droits de douane dans les prix est derrière nous – moyennant toutefois l’annonce de Donald Trump, ce week-end, en matière de surtaxes douanières à l’encontre des pays impliqués dans la mobilisation de troupes au Groenland. Une décortication plus fine nuance néanmoins cette conclusion. Les prix de la sous-catégorie des voitures d’occasion ont considérablement chuté en décembre et ont ainsi contribué trèsnégativement à l’évolution de la catégorie des biens dans son ensemble. Parallèlement, d’autres sous-catégories sensibles aux droits de douanes affichent toujours des rythmes de progression marqués, à l’instar de l’habillement ou des biens d’équipements et fournitures de la maison. 

Enfin, il conviendra de surveiller avec attention le réajustement des prix effectué en début d’année, à mesure notamment de la déplétion des stocks constitués en amont de l’application des droits de douane ; (ii) L’inflation dans les services est restée inchangée à 3% en décembre mais affiche une nette baisse par rapport aux 3,5% de septembre. Son rythme de progression mensuelle a cependant réaccéléré. A court terme, les effets retardés de la détente du marché de l’emploi observée ces derniers mois militent pour une poursuite graduelle de cette tendance, mais celle-ci reste suspendue aux incertitudes d’ordre méthodologique et à l’amélioration des métriques de l’emploi qui semble s’être amorcée récemment. Malgré cette baisse de l’inflation constatée et moyennant toutefois les écueils et observations mentionnés précédemment, rien n’y fait : les consommateurs font toujours preuve de pessimisme. Mais comme souvent, le diable se cache dans les détails. Aux États-Unis, plusieurs indicateurs mesurant le sentiment des consommateurs coexistent. L’enquête publiée par l’Université du Michigan montre par exemple que la confiance des ménages a considérablement diminué en 2025 pour se situer non loin des points bas historiques. 

Celle publiée par le Conference Board a également chuté, mais dans des proportions moindres. Comme toute mesure, ces enquêtes souffrent parfois de biais. L’indice de l’Université du Michigan est par exemple affecté, depuis la pandémie et plus récemment avec l’élection de Donald Trump, par une très forte déconnexion entre les répondants affiliés comme Républicains (plutôt bien moins pessimistes) et les Démocrates (très pessimistes). D’autres métriques publiées par des entreprises privées, dont l’échantillon et les méthodologies diffèrent, convergent vers le constat d’une baisse du moral des ménages à des degrés divers. 

Pour autant, sur les trois premiers trimestres de l’année 2025, les données de croissance du PIB montrent tout juste un ralentissement séquentiel de la consommation des ménages. Bien que constituant une mesure imparfaite étant donné leur périmètre de recensement, les chiffres de ventes au détail pour le mois de novembre se sont également avérés corrects. L’illustration parfaite du terme de « sensation de récession » (vibecession) utilisé par la créatrice de contenu américaine Kyla Scanlon en 2022. Quelques nuances méritent toutefois d’être apportées : (i) la consommation dans les biens, premières victimes des droits de douane, a ralenti, tout comme la consommation dans certaines sous-catégories des services ; (ii) plusieurs entreprises cotées en bourse rapportent que les consommateurs sont devenus plus précautionneux, notamment les moins aisés d’entre eux ; (iii) l’effet richesse lié à la hausse du patrimoine financier des ménages les plus aisés (hausse des marchés actions…) a pu permettre un certain soutien à la consommation dans son ensemble. A court terme, cette phase de ralentissement localisée de la consommation des ménages devrait se poursuivre dans le prolongement du choc tarifaire, de l’incertitude générée et de la dégradation des métriques de l’emploi. Dans un second temps, une réaccélération pourrait se faire jour, sous-tendue par la diminution de l’incertitude commerciale depuis les accords passés (moyennant, ici aussi, les annonces faites ce week-end par Donald Trump), les baisses de taux effectuées en 2025 par la Fed, les mesures budgétaires présentées dans le One Big Beautiful Bill Act ainsi que la reprise du marché de l’emploi.   

  

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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi

 

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