Ecofi - Essentiel ! Le magazine ISR & Solidaire. Le mot de l'expert : comment identifier les futurs leaders de la cote ?

05/06/2025 - source : Patrimoine 24

Si le contexte géopolitique et financier actuel interroge, l’évolution des modèles économiques liée aux transitions en cours est irréversible. 

L’« ESG bashing » a malheureusement bonne presse, des deux côtés de l’Atlantique. Il n’ébranle cependant pas les convictions des acteurs historiques de l’investissement durable, dont Ecofi. Le phénomène doit être replacé dans son contexte. La montée en puissance des populismes et son corolaire, la remise en cause des vérités scientifiques, s’est accélérée au cours des derniers mois à la faveur du changement d’administration à Washington. Mais les faits sont têtus : la plupart des catastrophes naturelles qui ont émaillé la fin de l’année 2024 et le début de l’année 2025 (les inondations à Valence, les incendies en Californie ou le cyclone à Mayotte) trouvent bien leurs origines dans le changement climatique et la destruction de la biodiversité. 

Récemment, les modèles économiques des entreprises qui ont fondé leur développement sur l’avènement des énergies renouvelables ont été mis à mal par la remontée des taux. Beaucoup d’entre elles, en pleine phase d’investissement, ont dû revoir leur business plan, leurs financements devenant plus onéreux. À l’inverse, la hausse des cours du pétrole et du gaz provoquée par les tensions géopolitiques a été extrêmement favorable aux groupes les plus impliqués dans les énergies fossiles. À court terme, les stratégies d’investissement durable en ont pâti, quand les gestions plus traditionnelles ont pu tirer leur épingle du jeu.

Une corrélation entre performance ESG et performance financière

Il n’empêche que notre constat, plus structurel, ne se dément pas : nous identifions bien, parmi les entreprises que nous analysons, la corrélation entre performance ESG et performance financière qui est déjà démontrée par la recherche académique*. Certains risques spécifiques sont peu pris en compte par l’analyse financière traditionnelle et pourtant ils sont susceptibles d’impacter très négativement la situation financière des sociétés : les risques de réputation (accusations d’ONG…), les risques de non-conformité, alors que les normes environnementales et sociales sont de plus en plus strictes, les risques liés à une mauvaise gestion des relations avec les parties prenantes, les salariés en particulier, qui se traduisent pas des grèves, une augmentation du turn over ou encore des pertes d’opportunité liées à un défaut de parité ou de mixité. Plus sévères encore, les conséquences de l’implication d’une entreprise dans des controverses (une condamnation (amende, suppression de licence…) ou une obligation de remédiation…) peuvent impacter ses résultats, son image et naturellement sa valeur boursière. Savoir anticiper ces chocs potentiels ou a minima s’appliquer des règles d’exclusion des entreprises visées par des controverses s’impose désormais comme un prérequis pour un investisseur responsable.

Des entreprises sauront s’ouvrir de nouveaux marchés 

Mais l’investissement responsable ne se limite pas à l’anticipation des risques. L’identification des modèles économiques d’avenir est une source de rendement majeure. Dans un contexte de mutation des habitudes de consommation, avec une plus forte demande de produits éco-conçus, de prise de conscience des limites d’une croissance fondée sur la captation des ressources naturelles et sur la production d’énergies fossiles, mais aussi de normes réglementaires plus exigeantes, les leaders de demain dans chaque secteur seront soit de nouveaux acteurs, soit des entreprises ayant su faire leur révolution. En apportant dans leur secteur des solutions en phase avec ces nouvelles tendances, elles sauront s’ouvrir de nouveaux marchés et s’assurer une croissance pérenne qui en fera les stars de la cote !

Cette divergence d’évolution entre les entreprises conscientes de leurs enjeux de développement durable et celles qui le sont moins apportera la preuve que l’ESG et la théorie de Markowitz sur la diversification des portefeuilles sont compatibles… ou plus simplement que l’investisseur responsable, dont l’univers d’investissement est par définition plus restreint, voit surtout mis à sa disposition un univers de valeurs au plus fort potentiel sur lequel faire son marché ! 

 

*« ESG and financial performance » (NYU Stern School of Business, 2021)

 

"Les leaders de demain seront soit de nouveaux acteurs, soit des entreprises ayant su faire leur révolution." 

Par Cesare VITALI, Responsable ISR

 

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