Ces ressources, bien qu'indispensables pour nos transitions, présentent des enjeux environnementaux, sociaux et de souveraineté multiples. Des solutions ont été identifiées.
Les terres rares ne sont pas si rares. Elles sont mêmes plutôt abondantes. Mais leur extraction est complexe et malheureusement très polluante, ce qui est pour nous une préoccupation majeure. Malheureusement, car nous devons constater que les besoins sont immenses : l'Agence Internationale de l’Energie anticipe une multiplication par dix des volumes à extraire au niveau mondial d'ici 2050, pour atteindre l'objectif de neutralité carbone, tandis que la demande dans l’Union européenne devrait être multipliée par six d’ici 2030.
Les transitions, que nous encourageons et que nous souhaitons accompagner, ne pourront s’opérer sans le recours aux terres rares, dont les multiples propriétés (légèreté, résistance thermique, propriété magnétique, etc.) en font des matières premières de choix dans de nombreuses technologies, des filières des transitions énergétique (batteries, systèmes catalytiques, turbines éoliennes, etc.) et numérique (appareils robotiques, smartphones, etc.) à la défense (drones, radars, etc.).
La Chine en situation quasi hégémoniqueLes questions soulevées par cette explosion de la demande et que nous voulons bien appréhender dans nos processus d’analyse, sont de nature aussi bien environnementale, sociale que géopolitique. Sur ce dernier point, un chiffre illustre encore l’ampleur de l’enjeu : 98% de l’approvisionnement en terres rares de l’Union européenne provient de Chine, alerte la Commission européenne. La Chine a anticipé ce phénomène et investi, afin de devenir le seul pays capable d’intervenir à toutes les étapes de leur traitement, pour les séparer, les purifier et les raffiner. La Chine produit ainsi 85 % des terres rares légères purifiées utilisées au niveau mondial et, 100 % des terres rares lourdes.
Cette situation rend nos économies très vulnérables aux éventuelles ruptures de chaînes d’approvisionnement. En réaction, la Commission a défini en mars dernier une liste de « 47 projets stratégiques » (d’extraction, de transformation, de recyclage, etc.) visant à sécuriser et diversifier l’approvisionnement de l’Union. Parvenir à maîtriser nos chaînes d’approvisionnement est crucial en termes de souveraineté, mais il l’est aussi en termes environnemental et social. Car aujourd’hui, les impacts de l’exploitation des terres rares sont bien trop importants pour être négligés par les entreprises et ce, quelle que soit leur place dans les chaînes de valeur. Les mines se situent souvent dans des zones riches en biodiversité, dont elles peuvent être très destructrices. Les processus d’extraction, de broyage, de purification, de raffinage de ces terres rares sont très consommateurs d’eau et d’énergie. En outre, ils sont très polluants, à deux titres : du fait des produits chimiques nécessaires à ces opérations, mais aussi du fait des résidus radioactifs (thorium, uranium) qu’elles provoquent. Les conséquences sont donc environnementales, avec une pollution avérée des sols, de l’eau et de l’air, mais aussi sociale avec la destruction d’habitats et des répercussions sur la santé des populations locales et des employés.
Le recyclage, solution cléFace à cette situation, plusieurs pistes doivent être explorées, collectivement et par chaque entreprise concernée. Les enjeux et les solutions ont été identifiés par la Commission européenne dans le cadre du « Critical raw materials act » : « Si l’UE veut atteindre ses objectifs climatiques et numériques, l’approvisionnement, la transformation et le recyclage des matières premières critiques en Europe et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement constituent les défis pour l'avenir ». D’ici à 2030, l’extraction doit permettre de produire 10% des besoins annuels de l’UE, la transformation 40%, et le recyclage 25%. A plus long terme, il est permis d’être plus ambitieux encore, en particulier concernant le recyclage. Car les entreprises doivent être conscientes qu’opter pour le recyclage est la solution la moins invasive, polluante et énergivore, comparé à l’extraction minière. En 2050, 40% à 75% des besoins pourraient être couverts par le recyclage, si l’Europe investit rapidement dans les infrastructures et relève ses taux de recyclage obligatoire. Les métaux recyclés localement pourraient ainsi équiper les trois quarts des batteries des véhicules fabriqués en Europe, et tous les aimants nécessaires aux énergies renouvelables.
Nul doute que ces profondes transformations des modes de production vont rebattre les cartes, que certains modèles vont être mis à mal, tandis que d’autres vont émerger. A nous, investisseurs, de savoir identifier les précurseurs… et inciter les retardataires à opérer leur mue. Dans cette perspective, nous suivons par exemple avec beaucoup d’intérêt les entreprises européennes (Solvay, Umicore, Eramet, etc.), qui se positionnent sur le recyclage des métaux rares.
" Ces profondes transformations des modes de production vont rebattre les cartes. A nous de savoir identifier les précuruseurs, et inciter les retardataires à opérer leur mue."
Par Cesare VITALI, Responsable ISR
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