Ecofi - L’économie allemande a-t-elle encore des munitions ?

26/11/2025 - source : Patrimoine 24

Sauf surprise, la croissance du PIB en Allemagne devrait se situer entre 0% et 0,5% pour 2025, après deux années de contraction de l’activité. Le modèle allemand basé sur l’utilisation d’une énergie à bas coût et l’exportation de produits à haute valeur ajoutée, s’est successivement heurté à la guerre en Ukraine, aux déboires de l’économie chinoise et à la hausse des taux directeurs. Autrefois moteur de l’économie en zone Euro, l’Allemagne peine aujourd’hui à redémarrer. Le tournant politique pris en début d’année suffira-t-il à changer la donne ? Quelles répercussions peut-on anticiper pour l’ensemble de la zone Euro ? 

Florent Wabont paysage portraitFlorent Wabont, Economiste chez Ecofi

L’élection du nouveau chancelier allemand Friedrich Merz en février dernier a débouché sur une série d’annonces marquantes. Un plan ambitieux de 500 Mds€ (~ 11% du PIB allemand) dédié à la modernisation des infrastructures – faisant notamment la part belle aux investissements en faveur de la transition écologique – s’étalant sur une durée de 12 ans a ainsi été dévoilé. Dans le même temps, l’Allemagne a décidé de modifier sa constitution en exemptant de son mécanisme de frein à l’endettement les dépenses militaires dépassant 1% du PIB. L’objectif visé par le gouvernement est d’augmenter progressivement la part des dépenses militaires, de ~2% du PIB en 2024 à ~3,5% d’ici 2029. Ce plan massif de réarmement et d’infrastructures s’est également accompagné, au cours des derniers mois, d’un programme d’allègement de la fiscalité des entreprises et d’une hausse de près de 14% du salaire minimum étalée sur deux ans. 

Si le climat des affaires s’est redressé, les indicateurs tels que l’emploi ou la production industrielle n’ont jusqu’à présent pas suivi cet élan. Ce constat alimente le pessimisme envers l’Allemagne et les craintes (légitimes) d’un déploiement lent et partiel de ce plan. Rappelons à cet égard que le temps « politique » n’est pas le temps des marchés, ces mesures budgétaires venant tout juste d’être approuvées par le Parlement allemand et la Commission européenne. 

Rappelons également que l’économie allemande reste soumise aux développements économiques internationaux, à l’instar des droits de douane imposés par les Etats-Unis et du choc d’incertitude associé. Notons enfin qu’en dépit de ces éléments, des signaux faibles s’accumulent : de documents obtenus par le journal Politico montrant un plan d’achat d’armement majoritairement orienté vers des fournisseurs européens, à la volonté de certains acteurs historiques allemands de se réorienter en partie vers la défense, jusqu’au consortium d’industriels européens dans le domaine du spatial. Au-delà de l’incertitude entourant le déploiement effectif de ce plan, ces anecdotes révèlent un enjeu plus crucial encore pour l’Allemagne et la zone Euro : l’ampleur du multiplicateur budgétaire qui en découle.

 

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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi

 

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