Qui dit nouvelle année dit, certes, nouvelles résolutions, mais pour les investisseurs, nouvelle année rime plutôt avec positionnement et allocation. L’occasion de revenir sur quelques-unes des questions laissées en suspens l’an dernier et sur de nouvelles interrogations qui ont émergé en ce début d’année 2026.
Florent Wabont, Economiste chez Ecofi
Selon les données préliminaires publiées la semaine dernière, l’inflation totale en zone Euro est passée de 2,1% sur un an en novembre à 2% en décembre 2025. L’inflation hors énergie et alimentation est quant à elle ressortie à 2,3%, légèrement en-dessous des attentes du consensus et en diminution par rapport aux 2,4% du mois précédent. Bien que le détail n’ait pas été communiqué dans son intégralité – les données définitives seront publiées plus tard dans le mois –, la diminution de l’inflation en décembre provient essentiellement d’une contribution négative de l’énergie, et dans une moindre mesure d’une baisse de la catégorie des services et des biens manufacturés. Si les prix de l’énergie continuent de baisser ou restent stables, cette tendance devrait se poursuivre début 2026 grâce à des effets de base favorables (les prix recensés étant moins élevés aujourd’hui qu’il y a un an), et entraîner l’inflation totale en dessous de 2%, avant que les bases de comparaison ne redeviennent moins favorables.
Plusieurs facteurs sont également susceptibles d’accentuer ces pressions désinflationnistes, à l’instar de l’appréciation de l’euro face au dollar ou de la réorientation des flux de marchandises chinoises vers l’Europe dans le cadre des tensions commerciales sino-américaines ; difficile néanmoins d’en apprécier pleinement les effets dans la décomposition actuelle de l’inflation. Cependant, des pressions inflationnistes pourraient ensuite progressivement émerger, à mesure du déploiement du plan allemand de réarmement et d’infrastructures et de l’inflexion du cycle économique que nous anticipons. Parallèlement, le taux de chômage de la zone Euro devrait continuer à baisser et rester inférieur au taux de chômage d’équilibre, en dessous duquel les pressions salariales augmentent et au-dessus duquel elles diminuent. Les données économiques restent toutefois mitigées à ce stade. Elles oscillent entre signaux négatifs (risque politique, enquêtes manufacturières décevantes…) et d’autres plus encourageants (début de mieux en Allemagne, baisse du chômage et ventes au détail un peu meilleures qu’attendu). Il va encore falloir faire preuve d’un peu de patience...
Compte tenu de ces développements à court terme, les colombes* pourraient se montrer plus audibles au sein du conseil des gouverneurs de la BCE. Pas de quoi a priori infléchir la position du statu quo pour autant. La BCE devrait selon nous laisser sa politique monétaire inchangée au cours des six prochains mois. En seconde partie d’année en revanche, nous envisageons un possible durcissement du ton de la politique monétaire, avec une probabilité de hausse des taux directeurs de 25 points de base en fin d’année.
2. La Fed va-t-elle poursuivre ses baisses de taux ?La Fed répond à un double mandat : assurer la stabilité des prix tout en favorisant un taux d’emploi maximum. Examinons ainsi tout d’abord la dynamique de l’inflation. Confinés à cause du shutdown (gel des budgets fédéraux), les chiffres d’inflation nous sont finalement parvenus à la mi-décembre, mais de manière partielle, l’inflation du mois d’octobre n’ayant pu être calculée convenablement. L’inflation (indice des prix à la consommation CPI) est ainsi passée de 3% sur un an en septembre à 2,7% en novembre. L’inflation hors énergie et alimentation est quant à elle passée de 3% à 2,6%. Ces chiffres en apparence très satisfaisants souffrent néanmoins de plusieurs écueils. En effet, le BLS (Bureau of Labor Statistics) a fait le choix de procéder à des adaptations méthodologiques, dans un environnement de travail dégradé du fait du shutdown. L’évolution de la catégorie des loyers (~40% du poids dans l’indice des prix) a notamment été approximée à 0% de variation mensuelle en octobre et en novembre. Par construction, ces choix auront pour conséquence une sous-estimation de l’inflation des loyers jusqu’en avril prochain. On peut également craindre que d’autres catégories aient pu être affectées de façon plus ou moins similaires. Pas de quoi rassurer les membres de la Fed cherchant des preuves concrètes d’une tendance désinflationnistes retrouvée.
* : se dit des membres du comité de politique monétaire favorables à un assouplissement de la politique monétaire.
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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi
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