Financière de l'Arc - Lettre Hebdomadaire. Quand la fée électricité devient sorcière

05/05/2025 - source : Patrimoine 24

C’est une énergie déjà observée par les Grecs dans l’Antiquité et dont les travaux de nombreux savants depuis le 17ème siècle ont abouti à des inventions majeures telles que la pile de Volta en 1799, le moteur électrique rotatif en 1822, le téléphone en 1876 et surtout la lampe incandescente de Thomas Edison en 1879. L’électricité a été baptisée ainsi « electra » par l’Anglais William Gilbert en 1600 en référence au Grec Thalès de Milet, qui avait observé que l’ambre jaune ou « elektron » pouvait être porteuse d’une charge magnétique. 

Arnaud BENOIST VIDAL FAArnaud Benoist-Vidal, Gérant d’actifs

La révolution industrielle et technologique se prolonge encore aujourd’hui et améliore tellement notre quotidien et notre productivité qu’elle est devenue tout simplement indispensable. L’Homo sapiens ibérique vient de se le rappeler à ses dépens en ce lundi 28 avril 2025, quand vers 12h30 une coupure géante de tout le réseau électrique paralysa toute la péninsule, soit l’Espagne et le Portugal. Au-delà de la pagaille et du quasi-chaos vécu par la population pendant moins de 24 heures, il est peut-être temps de prendre de la hauteur et du recul pour évaluer si la stratégie du tout électrique dans un dessein noble de décarbonisation est une illusion ou un danger. 

Avons-nous été trop loin et peut-on vivre sans ? 

Le monde s’est ainsi brusquement arrêté de tourner normalement et le temps semble s’être figé avec toutes les horloges publiques marquant 12h30 pendant des heures. Plus de courant, donc plus d’internet signifie que tous les appareils branchés sur un réseau d’alimentation et par conséquent tous les systèmes deviennent hors service. Tous les moyens de transport en commun sont devenus inutilisables : les trains, les métros et les tramways se sont  immobilisés. Même ceux fonctionnant avec une énergie fossile ne peuvent circuler normalement car bloqués au sol. Les avions ne peuvent ni décoller, ni atterrir et les voitures ainsi que les bus évoluent sans signalisation et dans les bouchons en zone urbaine. Les ascenseurs sont bloqués avec les utilisateurs à l’intérieur. Vous vous imaginez que l’autoroute soit la seule voie dégagée et que vous pourrez rouler des milliers de kilomètres, contrairement à un véhicule électrique. C’est possible, à condition que vous puissiez franchir les barrières de péage qui ne peuvent plus se lever. Votre bonne vieille voiture thermique fonctionne toujours ? Ne soyez pas sur la réserve, car vous ne pourrez pas faire le plein d’essence étant donné que les pompes à essence sont elles aussi hors service. 

Impossible de faire ses courses même si vous avez des espèces, car vous ne pouvez plus payer par carte ni par téléphone et toutes les caisses ne sont plus enregistreuses. C’est l’angoisse absolue pour tous les caissiers qui doivent donc revenir au papier et au crayon. Tout à coup il va falloir compter et refaire ses additions et ses soustractions. Ne portez pas le vice à demander une addition séparée au restaurant, car votre serveur devra revivre le supplice des divisions euclidiennes. L’instinct généralisé de survie entraîne une ruée vers le papier toilette, l’eau et surtout les piles et les batteries pour pouvoir ainsi prolonger la vie des appareils toujours utilisables. 

Qu’en est-il des services critiques, soit les hôpitaux et autres services de santé indispensables ?

Leurs groupes électrogènes ou autres générateurs sont conçus pour s’activer et prendre le relais dans les dix secondes. Tout va bien, ceux-ci fonctionnent le plus généralement au diesel, mais là aussi leur autonomie est comptée certainement en jours. Plusieurs entreprises privées ont élaboré des plans de continuité qui se sont révélés efficaces. Ainsi, la bourse de Madrid n’est pas revenue au temps de la corbeille et de la criée et les agents de change ne se sont pas échangés les titres avec des signes en notant les opérations dans un petit carnet. Chapeau bas, car le système de cotations n’a jamais été interrompu et les moindres clients toujours connectés ont pu négocier un volume d’échanges réduit de 1,4 milliard d’euros ce jour-là contre plus de 2 milliards d’euros en moyenne.

Combien de temps peut-on vivre sans électricité ?

Le constat est sans appel. Pas plus de quelques jours, à condition que le gouvernement organise ou prenne en main la distribution des énergies fossiles afin que le transport des biens essentiels soit assuré. Sinon, il va falloir revenir au temps du cheval et de la calèche. Fort heureusement, ce calvaire a duré moins de 24 heures. La perte pour l’économie pour moins d’une journée de travail sur plus de 250 ouvrées est donc minime et récupérable : moins de 0,3 % du PIB. En attendant, les foyers ont passé une nuit à la chandelle en mangeant froid, sauf s’ils ont pu cuisiner au gaz leur nourriture, avant que celle-ci soit avariée. L’origine de cette panne est encore indéterminée. Les 15 gigawatts perdus en demande d’électricité, selon les données en temps réels observées sur le site internent de l’opérateur espagnols REE font l’objet d’une enquête nationale et européenne. 

Les chiffres de la semaine : 

-0,3% - La baisse du PIB américain au 1er trimestre

15 gigawatts - La baisse soudaine de la demande électrique sur le réseau le 28 avril selon les données de REE 

70,07 milliards de dollars - Les revenus du dernier trimestre de Microsoft

 

Éditorial par Arnaud Benoist-Vidal, Gérant d’actifs

 

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