Les actifs non cotés séduisent pour leur performance, mais aussi pour leur capacité à combiner création de valeur et impact positif sur la société et l’environnement. Comment aligner les objectifs de rendement avec des engagements sociaux et écologiques concrets ? Investisseurs privés et professionnels de la gestion de patrimoine se penchent de plus en plus sur cette question cruciale.
Le Private Equity est d’abord associé à la recherche de rendement financier, principal attrait de cette classe d’actifs. Selon la dernière étude de France Invest, le TRI (taux de rendement interne) net du capital-investissement français s’établit à 13,3 % par an sur dix ans, contre 10,5 % pour le CAC 40, 4,7 % pour l’immobilier et 2,2 % pour les Hedge Funds. Mais au-delà de la rentabilité, une nouvelle dimension gagne l’intérêt des investisseurs : l’impact. Cette approche consiste à ajouter au rendement financier de l’investissement un bénéfice environnemental ou social. L’argent est placé dans des projets ou des entreprises en quête de solutions à des problèmes écologiques ou sociaux, comme le changement climatique, la pauvreté ou l’accès à la santé, en contribuant aux objectifs de l’Accord de Paris ou aux objectifs de développement durable (ODD) de l’Onu. « Depuis 2012, le marché double de taille tous les deux ans. Aujourd’hui, on compte plus de 10 milliards d’euros d’encours, répondant à une définition exigeante de l’impact. Cette tendance s’accentue à mesure que les investisseurs s’y intéressent et que les entrepreneurs souhaitent bénéficier de ce type de soutien », présente Mathieu Cornieti, président de la commission Impact de France Invest et de la société de gestion Impact Partners.Quelle définition ?
Mais de quelle définition de l’impact parle-t-on ? La signification et l’usage de ce terme d’influence anglophone ne font pas l’unanimité. Pierre-Charles Pradier, président du Collège de terminologie de l’économie et des finances, qui s’inscrit dans le Dispositif d’enrichissement de la langue française, préfère parler de retombées environnementales et sociales. Leyla Serbouti, Sustainability Expert au sein du multi-family-office Keepers, trouve le terme vague et galvaudé : « Nous lui préférons l’idée d’utilité pour exprimer la valeur concrète et mesurable que chaque investissement peut apporter. Notre objectif est d’aider nos clients à rendre leur capital utile pour la société ». Quant à Bertrand Folliet, directeur général délégué d’Entrepreneur Invest, il voit dans l’impact un engagement de progrès, pas une exigence ou une excellence immédiates : « Il s’agit de créer de la valeur en accompagnant les entreprises dans une amélioration progressive, durable et mesurable. Cela peut passer par la réduction des émissions carbone, l’augmentation d’un budget formation, l’intéressement des salariés, ou d’autres indicateurs concrets ». « Plutôt que de tenter de clarifier la notion d’impact, je préfère parler d’investissement à impact », rectifie Mathieu Cornieti. Intentionnalité, additionnalité et mesureEn 2021, les acteurs de la Place de Paris ont planché sur le sujet, sous l’égide de Bercy, pour parvenir à une définition précise. La réflexion a abouti à trois mots-clés : intentionnalité, additionnalité et mesure. Une devise à même de distinguer l’investissement ou la finance à impact d’autres notions très répandues comme l’ESG ou l’investissement responsable : « Censée allier rentabilité financière et performance concrète sur les éléments extra-financiers, la finance à impact est une stratégie d’investissement ou de financement qui vise à accélérer la transformation juste et durable de l’économie réelle, en apportant une preuve de ses effets bénéfiques », indique le document publié à cette occasion. « Elle s’appuie sur les piliers de l’intentionnalité, de l’additionnalité et de la mesure de l’impact, pour démontrer : - la recherche conjointe, dans la durée, d’une performance écologique et sociale et d’une rentabilité financière, tout en maîtrisant l’occurrence d’externalités négatives ; - l’adoption d’une méthodologie claire et transparente décrivant les mécanismes de causalité via lesquels la stratégie contribue à des objectifs environnementaux et sociaux définis en amont, la période pertinente d’investissement ou de financement, ainsi que les méthodes de mesure, selon le cadre dit de la théorie du changement ; - l’atteinte de ces objectifs environnementaux et sociaux s’inscrivant dans des cadres de référence, notamment les Objectifs de Développement Durable, déclinés aux niveaux international, national et local », est-il précisé.Au cœur de la décision d’investissement
Un cadre détaillé que Mathieu Cornieti illustre : « un fonds à impact vise, dès la décision d’investissement, à générer une performance financière et une performance sociale ou environnementale. Contrairement à l’ESG, qui exclut en amont des secteurs d’activité et se concentre sur les bonnes pratiques après l’investissement, l’impact est au cœur de la décision. Prenons l’exemple d’un de nos fonds, dédié à la création de commerces dans des quartiers populaires. Dès l’investissement, nous cherchons une performance financière, mais aussi un effet tangible sur la création d’emplois. Si cette dernière condition n’est pas remplie, nous passons notre chemin. L’ESG cherche, certes, à optimiser le rendement dans un cadre responsable, mais sans cette obligation de transformation sociale ou environnementale ». Certains cherchent à appliquer ce fameux triptyque en se fondant sur des standards internationaux. « Chaque année, nous publions un rapport d’alignement aux principes des OPIM (Operating Principles for Impact Management). Ce cadre, lancé par l’IFC (International Finance Corporation), est désormais entré dans le périmètre du GIIN (Global Impact Investing Network) – une organisation de référence pour l’investissement à impact, qui gère maintenant son secrétariat. Il s’articule autour de neuf principes qui s’appuient, sur les trois piliers classiques : intentionnalité, additionnalité et mesure, et intègre certaines règles spécifiques, comme le suivi des impacts négatifs ou la conduite de sortie responsable », explique Maxence Foucault, spécialiste ESG en charge des actifs privés chez BNP Paribas AM. Cette notion d’investissement à impact est donc assez universelle et claire pour ne pas laisser libre cours aux interprétations et pour limiter les tentatives de Greenwashing ou d’« impact washing ». « La vigilance est essentielle. Certains fonds communiquent avec des photos de tortues et des slogans engagés dans leurs rapports d’impact. Mais en creusant, on peut s’apercevoir que ces communications sont en décalage avec la réalité. En matière de due diligence, nous menons des enquêtes rigoureuses et restons indépendants, ce qui nous permet de travailler avec les gestionnaires qui remplissent nos critères », explique Leyla Serbouti.
Monopole de l’impact ?Pour autant, la classe d’actifs non cotés peut-elle revendiquer le monopole de l’impact ? L’investissement boursier n’est-il pas aussi légitime à s’approprier cette stratégie, alors que France Invest a rédigé un cahier commun sur ce thème avec le FIR (Forum pour l’investissement responsable), acteur de l’engagement auprès des entreprises cotées. Il est à noter que les avis divergent entre les deux paroisses. Les promoteurs des actifs cotés mettent en avant la transparence et des données chiffrées plus nombreuses et plus normées à même de mesurer l’impact. La CSRD, ou Corporate Sustainability Reporting Directive qui s’applique à partir de 2024, concerne en premier lieu les grandes entreprises cotées. Celles-ci devront publier des indicateurs environnementaux, sociaux ou de gouvernance précis, comme les émissions de CO2, leur gestion des ressources ou les conditions de travail qui permettront aux investisseurs de mesurer les évolutions. « Dans le monde du coté, il est possible d’influencer les entreprises à travers l’investissement responsable et l’engagement actionnarial, reconnaît Mario Delgado, analyste Private Equity chez Keepers. Mais le non-coté est plus propice aux impacts directs. Il offre plus de latitude pour soutenir des start-up avec un potentiel de création d’emplois ou d’innovations technologiques, utiles pour le climat ou des causes sociales. Dans le coté, l’additionnalité est plus difficile à démontrer, car les opérations sont le plus souvent réalisées sur le marché secondaire. » Charles Tessier, responsable des investissements alternatifs chez Neuflize OBC, confirme : « Par exemple, un investissement dans un fonds de microcrédit finance de nouveaux projets, ce qui garantit additionnalité et impact concret. En revanche, acheter une action en Bourse ne finance pas directement l’entreprise. Cela dit, soutenir des entreprises listées responsables reste pertinent pour nombre de nos clients. »Influencer les choix stratégiques« Dans le Private Equity, notre capital sert les objectifs de l’entreprise, que ce soit par le financement d’une croissance inclusive ou des changements opérationnels. Grâce à notre présence au capital, nous interagissons avec le management et nous influençons les choix stratégiques. Cet effet concret, c’est l’additionnalité », complète Mathieu Cornieti. « A quelques exceptions près comme Tesla, les pure players de la transition environnementale sont rares parmi les grandes capitalisations, car leurs activités historiques ne sont pas alignées sur les enjeux de développement durable, souligne Anne-Laurence Roucher, directrice générale adjointe chez Mirova. Le Private Equity offre davantage d’opportunités d’investir dans des entreprises jeunes et orientées vers des solutions durables. Nous choisissons celles qui développent des technologies spécifiques avec un impact clair. » S’intéresser au sujet de l’impact et du non-coté, c’est plonger dans un univers riche et diversifié. La seule commission impact de France Invest fédère cinquante-six sociétés de gestion et cent-vingt-quatre fonds investissant dans plus de deux mille entreprises. La plupart des leaders français, comme Amundi, Axa IM, BNP Paribas AM, Crédit mutuel AM, Groupama AM ou Tikehau Capital, figurent dans la liste (cf. tableau page précédente). Mais elle est complétée par un foisonnement de boutiques spécialisées, souvent inconnues du grand public, comme Citizen Capital, Colam Capital, Famae Impact, Inco Ventures, Investir et Plus, Phitrust, Raise ou encore Ring. Il faut aussi mentionner des structures comme la SIDI, qui soutient depuis quarante ans un développement solidaire dans les pays émergents. Citons également des fonds d’entreprises comme Engie Rassembleur d’Energies ou Schneider Electric Energy Access.Infrastructures, immobilier, dette privée, Private Equity
« Dans la cartographie que nous avons réalisée, nous distinguons plusieurs catégories, celles spécialisées dans l’environnement, les plus nombreuses, celles plus présentes dans le social. Certains fonds privilégient la performance financière, d’autres (dits impact first) maximisent l’impact », décrit Sébastien Roca, directeur général de Cedrus & Partners. L’investissement à impact est, par ailleurs, compatible avec l’ensemble des actifs non cotés (infrastructures, immobilier, dette privée et bien sûr Private Equity). « En dette privée, un fonds peut prêter à une société avec un taux d’intérêt qui varie en fonction du respect ou non d’objectifs d’impact, comme la réduction de l’empreinte carbone. L’entreprise doit atteindre ses objectifs d’impact pour réduire son coût de financement », explique Sébastien Roca. En immobilier, un fonds à impact peut servir à acheter des logements à destination d’associations ou de familles vulnérables. Ce type de placements peut être couplé à des investissements dans des résidences seniors ou étudiants afin de générer un surcroît de rendement financier. Le Private Equity offre aussi de belles opportunités, comme le souligne Jérôme Delmas, fondateur et directeur général de Swen Capital Partners : « Pour chaque participation de notre stratégie d’impact, nous établissons des KPI (indicateurs de performance) spécifiques et validés par un comité d’impact composé d’experts externes de renom. Si les KPI ne sont pas validés par ce comité, elle ne passe même pas en comité d’investissement financier. Par exemple, dans le cas du fonds Blue Ocean qui se concentre sur la régénération des océans, nous suivons l’évolution des KPI pendant toute la durée de vie du fonds et informons nos investisseurs sur les résultats ». Il poursuit : « Pour garantir l’alignement des objectifs, 50 % de notre carried interest (commission de surperformance) est lié à l’atteinte de ces critères extra-financiers. C’est une dimension qui ancre notre engagement au-delà de la performance financière ». Sur le plan des infrastructures, BNP Paribas AM gère, par exemple, un fonds de dette à impact environnemental qui finance des solutions décarbonées en Europe, telles que les énergies renouvelables, la mobilité verte, ou encore le stockage d’énergie.
Convergence de la gestion de patrimoine et de l’impact A ce jour, l’impact est une philosophie plus répandue chez les institutionnels, comme Bpifrance, les banques, les caisses de retraite et les assureurs, que dans la gestion de patrimoine. « Les contraintes de structuration demandées par l’AMF (Autorité des marchés financiers) sont complexes et le processus pour obtenir un agrément est long. Autre enjeu : le rendement cible du véhicule. Pour le retail, il faut abandonner le moins de performance financière possible. C’est moins le cas pour les institutionnels qui peuvent accompagner plus facilement des démarches “impact first” », constate Sébastien Roca. Cette approche gagne toutefois du terrain auprès de la clientèle privée : « On observe depuis deux ou trois ans une convergence de la gestion de patrimoine et de l’impact. Les family offices et les CGP souhaitent donner du sens à l’épargne », rappelle Mathieu Cornieti. L’offre est encore limitée, mais elle s’étoffe. Neuflize OBC vient de lancer une campagne de communication pour sensibiliser les professionnels du patrimoine sur le thème : « Conciliez performance économique et impact social et environnemental pour vos clients ». Le potentiel est intact, alors que, sans même parler d’impact, les actifs non cotés représentent une part encore très marginale des avoirs des clients de cette filiale d’ABN Amro. « L’impact, c’est en premier lieu l’opportunité d’ouvrir une conversation avec nos clients. Ce sujet passionnant suscite des échanges approfondis, même si certains finissent par opter pour des placements traditionnels, témoigne Charles Tessier. Nous avons les outils et l’offre pour accompagner ceux qui le souhaitent dans cette démarche. Depuis la réglementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), nous avons mis en place un système de profils de durabilité pour nos clients, en fonction de leur appétence pour la finance responsable. Nous proposons des fonds de Private Equity, comme Trill Impact, aux plus engagés d’entre eux. Ce fonds suédois de LBO sélectionne des entreprises en phase avec les ODD et fournit un reporting détaillé sur chaque investissement. Pour les profils prudents, nous privilégions les fonds de microfinance, peu risqués, mais avec un impact social mesurable. » « Avec BNP Paribas REIM, nous avons conçu, fin 2022, une unité de compte en assurance-vie, qui a réuni 80 millions d’euros auprès de cinq assureurs partenaires : Spirica, Sogecap, Abeille, Cardif et Suravenir, explique Sébastien Roca. Pierre Impact investit 10 % des avoirs dans des foncières solidaires, comme Solifap qui achète des logements pour des familles en difficulté. Le rendement visé pour les particuliers est de 5,5 %, avec un impact social mesurable. Au travers de la foncière, le fonds a fait l’acquisition d’un immeuble dans le XIVe arrondissement de Paris pour y loger cinquante femmes et leurs enfants, contribuant directement au soutien de personnes en situation de précarité ». « Nous gérons un fonds d’impact solidaire de plus de 230 millions d’euros, que nous distribuons via des produits d’épargne salariale, ajoute Maxence Foucault. Ce fonds est intégré à des fonds 90/10 qui investissent à 90 % dans des actions ISR cotées et à 10 % dans des entreprises solidaires non cotées. Ces fonds 90/10 permettent à l’épargnant de bénéficier d’une liquidité et d’un rendement intéressant, tout en ciblant un impact positif pour la société. »Horizon de placement« L’impact est au cœur de notre stratégie globale. Pour ce qui est des actifs privés, nous intervenons dans trois domaines : les infrastructures, le capital naturel et le Private Equity, indique Anne-Laurence Roucher. C’est cette dernière catégorie que nous rendons accessible aux particuliers, car elle s’inscrit dans un horizon de placement qui leur correspond mieux. Nous avons deux fonds distincts, Mirova Environment Acceleration Capital pour la transition environnementale, et Mirova Impact Life Essentials qui cible les enjeux sociétaux. Ce dernier est plus récent et s’attache à soutenir des solutions technologiques qui améliorent, par exemple, l’accès à l’éducation ou la santé préventive. Ils sont accessibles par les particuliers via deux FCPR, dont le dernier est en cours d’agrément par l’AMF. » Outre l’environnement et le social, les patrimoines privés accordent une attention croissante à l’impact territorial qu’ils peuvent générer. Siparex vient de lancer le FCPR Evergreen Investir en France et a obtenu un premier référencement auprès de Groupama. La société de gestion a remarqué parmi la clientèle des banques privées une attente de produits ancrés dans les territoires pour compléter des allocations dominées par des fonds anglo-saxons. « Beaucoup de nos familles souhaitent investir dans des projets qui ont une portée locale, surtout dans leur région d’origine », confirme Mario Delgado. La clientèle privée doit-elle pour autant consentir à abandonner une partie de son rendement financier, en échange de l’impact produit ou espéré ? Pas forcément, répondent les professionnels : « L’impact intéresse les particuliers, souvent à la condition de ne pas sacrifier la performance financière. Chez Mirova, nous investissons dans des entreprises dont la hausse du chiffre d’affaires est corrélée à une augmentation de leur impact, de sorte que performance financière et impact positif se nourrissent mutuellement. Cela peut donc s’assimiler à une stratégie thématique, avec l’impact comme cerise sur le gâteau », explique Anne-Laurence Roucher.Pédagogie de l’urgence« Certaines familles préfèrent un rendement financier élevé, avec une dose d’impact, tandis que d’autres souhaitent un portefeuille dédié aux causes sociales et environnementales. Nous ajustons nos conseils en fonction de ces attentes, en veillant à la pédagogie autour de l’urgence de la transition et de la préservation des ressources, expose Leyla Serbouti. Toutefois, nous ne leur faisons pas choisir entre rendement financier et impact, car les deux sont liés. Nos familles investissent pour préserver et transmettre leur patrimoine, donc l’utilité et la durabilité sont essentielles pour protéger cet héritage sur le long terme. » « La performance financière d’une approche patiente et engagée est tout à fait au rendez-vous, assure Mathieu Cornieti. Nos anciens fonds affichent un multiple de valorisation de 2,4 pour des investissements réalisés sur des durées de cinq à sept ans. » « Nous observons que les entreprises engagées sur ces critères sont souvent plus résilientes. Les donneurs d’ordre publics et privés seront plus enclins à travailler avec une entreprise qui a une bonne politique RSE, ce qui renforce aussi la durabilité des revenus. Impact et rendement vont de pair », résume Bertrand Folliet (Entrepreneur Invest). « Performance financière et extra-financière sont interdépendantes », confirme Jérôme Delmas. En seize ans, Swen a toujours affiché des rendements en ligne avec les espérances de gain de la classe d’actif. Les acteurs qui ne prendront pas en compte les critères ESG ne pourront pas générer de performances durables. »
Des matelas recyclés à l’agro-voltaïsme : quelques exemples d’impact
Impact Partners a accompagné Recyc Matelas Europe (RME) à partir de 2012. Créée en 2010 par Franck Berrebi et Jérémy Settbon, cette entreprise est spécialisée dans l’économie circulaire et le recyclage de matelas usagés. La société démantèle tous les types de matelas et valorise 92 % des matériaux. «Grâce à notre soutien, RME a pu ouvrir cinq nouvelles usines et obtenir le statut d’entreprise d’insertion. Cela a permis de créer 80 emplois pour des personnes en situation d’insertion, un impact social concret et mesurable », se réjouit Mathieu Cornieti, président d’Impact Partners. En 2019, Swiss Life et Cedrus & Partners ont lancé l’OPPCI Immobilier Impact Investing, un fonds immobilier à impact qui a levé 100 millions d’euros. Le fonds a pour objectif de reloger des personnes vulnérables via des acteurs de l’habitat social, le Samu social de Paris et Habitat et Humanisme, tout en conservant un objectif de rendement. « Sur les 100 millions d’euros, 20 millions financent des logements sociaux, tandis que les 80 millions restants vont à des résidences gérées pour seniors ou étudiants, lesquels génèrent du rendement financier pour les investisseurs, décrit Sébastien Roca, directeur général de Cedrus & Partners. Grâce à ce fonds, nous logeons cent-cinquante personnes chaque soir dans des appartements. Le budget de fonctionnement du Samu Social de Paris, où 90 % des dépenses sont destinées à payer des nuits d’hôtel pour les sans-abri, peut ainsi être redéployé. » La poche « sociale » de 20 % est composée d’actifs résidentiels, construits ou à construire, situés à Paris et première couronne et dans les grandes métropoles françaises. En 2021, Mirova a pris une participation dans Ombrea. Créée en 2016 à Aix-en-Provence et issue du monde agricole, cette entreprise installe des ombrières photovoltaïques qui produisent de l’énergie verte, tout en fournissant de l’ombre aux cultures. « Cette technologie permet, outre la production d’électricité verte, de réduire les besoins en eau, mais aussi de protéger les récoltes des gelées tardives, et donc d’augmenter les rendements. Ombrea a été revendue à TotalEnergies fin 2022, ce qui témoigne de son potentiel », souligne Anne-Laurence Roucher, directrice générale déléguée chez Mirova. Pour son fonds Mirova Impact Life Essentials, l’affilié de Natixis IM a investi en septembre dans Neosilver, une plate-forme de mise en relation des maisons de retraite avec des animateurs. Ces animations, qui vont de la sophrologie à des ateliers culturels, visent à réduire l’isolement des seniors et à améliorer leur bien-être avec des activités adaptées. « Pour évaluer l’impact, nous ne nous contentons pas de compter le nombre de participants. Nous mesurons aussi leur satisfaction et l’amélioration perçue de leur qualité de vie. C’est un défi beaucoup plus complexe de mesurer l’impact social par rapport à l’impact environnemental. Cela nous a conduits à lancer le Mirova Research Center, en partie dédié à la recherche d’indicateurs sociaux fiables », indique Anne-Laurence Roucher.