Création d’emplois, actionnariat salarié, gouvernance, diversité ou formation : des sociétés de gestion revendiquent un rôle actif dans l’amélioration du capital humain et sociétal. Et les offres d’investissement à impact social s’ouvrent progressivement aux particuliers, à travers des fonds nourriciers, des FCPR et des véhicules accessibles en assurance-vie.
Capital-investissement et impact social ont longtemps été perçus comme deux sphères distinctes, voire opposées. Dans l’imaginaire collectif, le Private Equity était associé à une logique de rendement rapide, souvent au détriment de la pérennité des entreprises ou de l’emploi. En 1990, une scène du film Pretty Woman (1990) illustrait cette vision datée. Richard Gere, dans le rôle d’Edward Lewis, investisseur opportuniste, explique comment il fragmente les sociétés qu’il rachète : « Je ne cède pas toute l’entreprise. Je la divise en plusieurs parties, puis je les vends, car elles valent plus séparément que la totalité ». Loin de cette image d’Epinal hollywoodienne, le secteur entend aujourd’hui jouer un rôle social constructif à long terme, ou, à tout le moins, s’attache à ne pas causer de nuisances. « Le Private Equity est un investissement ni néfaste, ni passif. Au contraire, il s’agit d’un investissement actif qui consiste à améliorer le fonctionnement des entreprises, notamment. Le social et la dimension humaine sont devenus cruciaux, en particulier sur les aspects de sécurité au travail et d’engagement des salariés. Le volet social ne peut plus se limiter à faire joli sur les plaquettes », estime Louis Godron, président d’Argos Wityu, société de gestion spécialisée dans l’investissement dans les PME. Moteur de croissance et d’emploi
France Invest présente l’activité comme un moteur de croissance et d’emploi pour les entreprises françaises. Dans la dernière édition de leur étude annuelle consacrée au sujet, l’association professionnelle et le cabinet de conseils EY rappellent qu’à fin 2023, 10 727 entreprises étaient accompagnées par des investisseurs français, dont 8 302 basées en France. Ces entreprises françaises employaient 2,4 millions de salariés pour un chiffre d’affaires global de 518 milliards d’euros. Ils font état d’une augmentation de 81 000 emplois en 2023 et de 530 000 emplois depuis 2018, avec une dynamique particulièrement forte dans les biens et services industriels. « Même en tenant compte des effets de périmètre liés aux acquisitions et en raisonnant uniquement en emploi net de l’entreprise d’origine, le solde net reste très positif », précise François Rivolier, cofondateur de Geneo Capital Entrepreneur. La société de gestion, dont « la raison d’être est de mettre à disposition de l’économie réelle une finance positive », prend garde de distinguer la croissance organique de la croissance externe s’agissant des effets de ses propres investissements : « Nous réalisons cet inventaire chaque année. Au total, quatorze mille personnes travaillent dans nos sociétés en portefeuille. En 2024, nous avons créé trois-cent-quatre-vingt-douze emplois nets hors acquisitions. Et sept-cent-quatre-vingt-neuf ont été ajoutés par le biais d’opérations de croissance externe », poursuit François Rivolier. Selon lui, l’investissement en non-coté est plus favorable à la création d’emplois que la Bourse : « Les entreprises du CAC 40 détruisent globalement de l’emploi en France, tandis que les PME et ETI, non cotées dans leur immense majorité, en créent ».Accroissement du capital humainLes retombées sociales sont loin de se limiter à la création d’emplois. « Nous parlons d’accroissement du capital humain, un des piliers de notre raison d’être. Cette notion recouvre aussi la formation, la mise en place de bonnes pratiques de gouvernance, résume François Rivolier. Nous mesurons l’actionnariat salarié, la part du capital détenue en dehors des dirigeants, les accords d’intéressement, la participation, les fonds communs de placement d’entreprise… » Selon le groupe Magellim, il faut ajouter les effets sociétaux aux impacts sociaux, également recherchés par les investisseurs, pour prendre toute la mesure du S de l’ESG. « Le social concerne directement l’humain, l’action au bénéfice des personnes, l’insertion, la lutte contre la précarité, le logement, la santé, etc. Le sociétal s’étend à son environnement, par exemple en matière de transformation industrielle, d’énergie ou de transition écologique », définit Guillaume Hilaire, directeur général en charge du développement du groupe Magellim, qui diversifie son cœur de métier historique dans l’immobilier vers le Private Equity. « Par exemple, nous assimilons la transformation industrielle d’un territoire ou la décarbonation à des sujets sociétaux », ajoute-t-il. « Pour nous, le social se réfère aux conditions de vie et aux relations entre les individus, alors que le sociétal concerne l’organisation de la société et des enjeux plus globaux », confirme Aglaé Touchard-Le Drian, directrice générale de Raise (2 milliards d’euros d’actifs sous gestion) et coresponsable de Raise Impact, une des quatre stratégies de la société de gestion créée il y a douze ans avec une approche philanthropique. « Chez Raise, entreprise à mission, nous avons choisi de ne pas dissocier environnement et social. Et dans tous nos investissements, nous intégrons des plans d’action ESG avec des indicateurs de performance, sur la qualité de l’emploi, de la formation, de la diversité, ou encore de la gouvernance », détaille Aglaé Touchard-Le Drian.Investissement en infrastructures
Le S de l’ESG est également très présent dans l’investissement en infrastructures, comme l’explique Thibault Richon, directeur de l’activité multi-stratégie infrastructure chez Swen Capital Partners : « Les infrastructures sont omniprésentes à chaque geste du quotidien, notre consommation d’eau, notre consommation d’énergie, nos transports quotidiens, la gestion de nos déchets, nos contenus digitaux, etc. Et elles jouent un rôle fondamental dans les transitions sociales : des infrastructures bien pensées permettent des interactions sociales et économiques plus fluides, en connectant les différentes zones d’une ville ou d’une région, en fournissant un accès équitable à des services essentiels, en créant des emplois durables stimulant les économies locales ou encore en ayant un impact direct sur la qualité de vie des habitants, notamment en matière de santé et d’éducation ». « Toutes nos équipes d’investissement s’engagent à reverser la moitié de leur carried interest (commission de surperformance) à la fondation, Raise Sherpas, qui soutient des jeunes entreprises à impact via du mentorat ou des prêts à taux zéro et plus récemment des associations », ajoute Aglaé Touchard-Le Drian. Même approche chez Geneo et chez Magellim : « 100 % de nos collaborateurs bénéficient du carried interest et un tiers de ce carried interest est reversé à notre fonds de dotation, qui soutient des projets de création d’emplois dans des zones fragiles ou en faveur de publics éloignés de l’emploi », décrit François Rivolier. « 50 % du carried interest de nos équipes d’investissement est indexé sur la performance extra-financière », souligne Guillaume Hilaire. Certes, mais cette approche d’investissement passe-t-elle par un sacrifice du rendement financier proposé aux investisseurs ? « Nous essayons de démontrer le contraire, assure le dirigeant de Magellim. Quand une entreprise intègre des critères extra-financiers concrets dans sa gestion, elle devient plus attractive pour les grands fonds susceptibles de s’y intéresser à la sortie. Nous le voyons déjà dans nos opérations. Nos participations gagnent en valeur parce qu’elles sont mieux préparées aux exigences des futurs acquéreurs. »Différence entre social et sociétalPour répondre à la question, Mirova revient sur la différence entre social et sociétal. « Nous distinguons ces deux notions, qui relèvent d’une différence de modèle d’affaires. Le social, au sens strict, revient à donner la priorité à l’intérêt des bénéficiaires au détriment du rendement. Par exemple, si vous investissez dans des écoles à destination de publics défavorisés, vous ne pouvez pas ensuite fixer des frais de scolarité élevés pour rentabiliser l’opération. Il y a une forme de renoncement financier. Dans le sociétal en revanche, les entreprises cherchent à améliorer la société avec un modèle économique viable. C’est cette approche que nous développons avec notre fonds Mirova Impact Life Essentials », compare Marc Romano, Head of Impact Private Equity. D’autres investisseurs préfèrent rester nuancés sur cette question : « Nous ne pouvons pas encore démontrer une corrélation directe entre nos indicateurs sociaux et la performance financière. En revanche, nous observons une hausse de l’engagement des collaborateurs, notamment grâce à l’actionnariat salarié. Et c’est un point essentiel de notre indice d’impact humain », reconnaît François Rivolier. Cet outil open source a été construit par Geneo pour suivre l’évolution sociale de ses participations, avec des indicateurs comme la qualité de vie au travail, la gouvernance, la diversité, la création d’emplois, le partage de la valeur et l’engagement des collaborateurs. « Notre ambition est de croiser cet indice avec les performances financières, notamment le multiple de sortie ou le TRI (taux de rendement interne) pour établir des corrélations, poursuit-il. Mais cela prendra encore quelques années. Nous commençons seulement à avoir assez de recul sur certaines sorties, comme la société de conseil en ressources humaines Human and Work, notre premier investissement, pour faire ces analyses. » « Certains sujets impliquent des retours sur investissements plus longs ou des marges plus faibles, par exemple quand on cible des publics à faibles revenus, mais ce n’est pas une règle absolue. Lors du lancement de notre fonds à impact, témoigne Aglaé Touchard-Le Drian, nous avons assumé d’avoir une approche de portefeuille, intégrant différents profils de risque et de rendement, selon le positionnement des participations. Avec le recul, nous constatons que la majorité de nos investissements allient rendement financier et impact social. Ce qui compte avant tout, c’est le sous-jacent : la maturité de l’entreprise, le secteur, la structure des revenus. »Offres conçues pour les particuliersLes sociétés de gestion sont nombreuses à développer des solutions d’investissement à impact social conçues pour les investisseurs particuliers. « Historiquement, nos investisseurs sont des entrepreneurs et des familles, avec des tickets moyens de 300 000 euros et plus. Mais nous avons désormais ouvert l’accès à notre structure Evergreen (sans échéance prédéfinie) à partir de 100 000 euros. Cela permet aux investisseurs d’être exposés immédiatement à un portefeuille existant sans appels de fonds. Nous mettons à disposition une plate-forme digitale de souscription, via un partenaire en marque blanche qui se charge du volet réglementaire et technologique », indique François Rivolier. Raise a mis en place un feeder sur son fonds à impact, avec des tickets d’entrée à partir de 100 000 euros, contre un million pour le fonds maître. « Nous étudions aussi avec plusieurs assureurs la possibilité de structurer des produits accessibles via l’assurance-vie. Il y a des contraintes, car il faut garantir un minimum de liquidité, mais c’est une tendance lourde à laquelle nous croyons beaucoup », précise Aglaé Touchard-Le Drian. Le fonds Mirova Impact Life Essentials est également disponible via un FCPR lancé il y a trois mois. « C’était important pour nous de permettre à une clientèle privée d’accéder à cette thématique, car elle parle à tout le monde. Santé, éducation, consommation responsable : ce sont des sujets concrets, familiers », explique Marc Romano. Pour sa part, OCCTE, une entité du groupe Magellim, a lancé OcciDev, en 2023, en partenariat avec la région Occitanie. Le fonds social de capital-développement est doté de 20 millions d’euros, avec des souscripteurs comme la Région, des banques locales et TotalEnergies. « Nous avons aussi structuré une part à 100 000 euros, éligible au dispositif 150-0 B ter, pour ouvrir le fonds à des investisseurs privés. Aujourd’hui, environ 4,2 millions d’euros proviennent de clients particuliers, confie Guillaume Hilaire. Nous travaillons aussi sur un FCPR Evergreen à impact, labellisé industrie verte, pour une commercialisation plus large. L’objectif est de rendre accessible ce type d’investissement au plus grand nombre. »Investisseurs difficiles à convaincre
Si les sujets sont familiers des investisseurs, ces derniers restent néanmoins difficiles à convaincre. A ce stade, Mirova ne communique pas sur les encours de son fonds Impact Life Essentials, dont l’objectif de levée avait été fixé à 200 millions d’euros lors de son lancement. « Il y a une dynamique, mais il faut faire davantage de pédagogie que sur l’environnement », constate Marc Romano. Le groupe Magellim a mis sur pause son fonds de fonds Impact Source, lancé en 2023 avec SOS, une association spécialisée dans l’entrepreneuriat social, et Source Private Equity, conseil en investissement financier (CIF). « Avant de convaincre les autres gérants, il faut prouver que nous savons le faire nous-mêmes. Aujourd’hui, nous mettons en place nos outils extra-financiers dans nos fonds directs, avec un accompagnement très opérationnel des entreprises. Une fois que cette méthodologie sera bien en place et démontrée, on pourra relancer Impact Source », annonce Guillaume Hilaire. Séduisant sur le papier, l’investissement social est un parcours semé d’embûches. « Le risque réputationnel et de Socialwashing est élevé sur cette thématique. L’affaire Orpea a laissé des traces. Les investisseurs croyaient financer une cause utile sur la dépendance avant que des pratiques inacceptables soient révélées, déplore Aglaé Touchard-Le Drian. Il existe aussi une méfiance en raison de l’instabilité des politiques publiques. Le financement de la dépendance, de l’éducation ou du handicap peut dépendre d’aides et encore de crédits d’impôt. Et certains investisseurs redoutent une remise en cause de ces mécanismes. » Le social reste le parent pauvre de la réglementation ESG, cadre structuré pour évaluer, gérer et rapporter sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. « La taxonomie environnementale a été lancée en 2019 pour identifier les activités économiques qui contribuent à la transition écologique. En revanche, la taxonomie sociale en est encore au stade des débats à Bruxelles. Il n’existe donc pas de référentiel normatif solide pour encadrer l’analyse des impacts sociaux dans l’investissement », regrette Cesare Vitali, responsable ISR chez Ecofi.Les données font défaut« Les données à caractère social font souvent défaut dans les entreprises non cotées. Nos équipes doivent mener un travail de fond, entreprise par entreprise, pour récolter les informations nécessaires sur des sujets aussi fondamentaux que les conditions de travail, l’emploi local ou les droits humains », poursuit Cesare Vitali. Enfin, dans les questionnaires Mifid désormais soumis aux épargnants, il n’y a aucune question spécifique sur les sujets sociaux. Le questionnaire cherche seulement à capter une sensibilité générale aux enjeux de finance durable, puis à déterminer le niveau d’alignement souhaité avec la taxonomie européenne. Et comme cette taxonomie est centrée sur l’environnement, ce sont les produits verts qui l’emportent. Cela dit, dans les échanges entre conseillers et clients, les enjeux sociaux peuvent émerger de manière spontanée, en fonction des convictions ou des expériences personnelles. » Aglaé Touchard-Le Drian recommande de ne pas se résigner : « Il faut, au contraire, continuer à prouver que l’impact social est un facteur de création de valeur, indispensable à prendre en compte pour un projet de société durable. En se structurant mieux sur ces questions, le Private Equity gagnera en résilience ». Nicolas Raulot Page suivante, l’interview de Guillaume Martin de Vauxmoret, responsable de l’analyse solidaire chez Ecofi.
« Nous ne sommes pas dans une logique de rendement élevé »
Guillaume Martin de Vauxmoret, responsable de l’analyse solidaire chez Ecofi, détaille le fonctionnement des fonds 90-10 investis en partie dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce modèle hybride et réglementé permet aux épargnants d’allier performance financière et utilité sociale.
Investissement Conseils : Pouvez-vous décrire l’activité d’Ecofi en matière d’investissement non coté à impact social ?Guillaume Martin de Vauxmoret : Ecofi, filiale du Crédit coopératif, gère aujourd’hui 9 milliards d’euros d’actifs, dont environ 800 millions d’euros au sein de fonds solidaires que l’on appelle les fonds « 90-10 ». Historiquement poussés pour leur introduction par les syndicats des comités de gouvernance des plans d’épargne salariale, ces fonds consacrent 90 % des encours à des actifs cotés (actions, obligations, etc.) et 10 % à des investissements non cotés à impact social, dans une poche réglementée. Il s’agit notamment de financements non dilutifs, voire de quasi-fonds propres, octroyés dans une logique d’accompagnement social. Nous ne sommes pas dans une logique de rendement élevé et de forte exigence de rentabilité. L’objectif est de répondre à un besoin social, sociétal ou environnemental. Quelle est la différence entre finance sociale et solidaire ?La finance solidaire est plus spécifique et repose sur des critères légaux. Pour qu’une entreprise soit considérée comme solidaire, elle doit obtenir l’agrément Esus (entreprise solidaire d’utilité sociale) auprès de la DRIEETS (Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités). C’est un agrément d’Etat exigeant. L’utilité sociale doit figurer dans les statuts. Il existe notamment des limites sur les dividendes et les plafonds de rémunération. Par exemple, un dirigeant ne peut pas gagner plus de dix fois le plus bas salaire de l’entreprise. Avec 200 000 entités et 2,38 millions de salariés, l’ESS compte pour 10 % du PIB et près de 14 % des emplois privés en France. Elle couvre des secteurs généralement délaissés par les entreprises à but lucratif, allant de l’intégration sociale des personnes défavorisées au logement très social, en passant par le commerce équitable ou la protection de l’environnement et de la biodiversité. A l’inverse, une entreprise qui a un impact social, comme un bailleur social ou une société qui émet une obligation sociale, n’est pas forcément agréée Esus. Par exemple, Paris Habitat ou Engie peuvent émettre des obligations à impact, mais cela ne relève pas de la finance solidaire au sens strict.Quel est le poids de cette finance solidaire en France ?Elle représente environ 30 milliards d’euros d’encours selon les dernières données de Finansol-Fair. Sur ces 30 milliards, 18 milliards viennent de l’épargne salariale solidaire, 4 milliards d’OPC solidaires hors épargne salariale, et le reste de livrets de partage ou d’investissements directs dans des entreprises solidaires. La poche solidaire non cotée, c’est-à-dire les fameux 10 %, représente environ 2,2 milliards d’euros au total.Que représente cette poche solidaire chez Ecofi ?Environ 80 millions d’euros (10 % des 800 millions d’euros de fonds solidaires), répartis dans 82 projets à impact social en France, comme des structures d’insertion, de logement, de santé ou d’éducation. 40 % des investissements sont en fonds propres ou quasi-fonds propres, et 60 % en dettes non dilutives. Chez Ecofi, nous disposons de trois fonds solidaires ouverts, disponibles via des réseaux bancaires ou en direct. Une part importante de cette épargne solidaire vient de l’épargne salariale, via des FCPE. Concrètement, quand une entreprise réalise des bénéfices, elle en distribue une partie à ses salariés, qui peuvent choisir de l’investir dans différents FCPE, dont des fonds solidaires 90-10, comme le prévoit la loi. Nous gérons actuellement des FCPE pour trois grandes entreprises françaises. Quel type de gestion appliquez-vous sur la partie des actifs cotés qui représente 90 % des investissements ?C’est une gestion avec une exigence ESG très forte, pour laquelle nous appliquons Prisme (planète, résultat, impact, solidaire, mesure, engagement). Cette méthodologie propriétaire repose sur trois grands principes : la sélection des émetteurs les plus performants de l’univers d’un point de vue extra-financier, l’exclusion des émetteurs présents dans des secteurs sensibles tels que les énergies fossiles ou les pesticides, et la gestion et l’analyse des controverses. Dans ces fonds solidaires, nous appliquons un filtre encore plus sélectif, car les épargnants qui choisissent ces fonds sont généralement très sensibles à l’ESG.Pourquoi cette répartition 90-10 précisément ?C’est une obligation réglementaire. La loi Fabius de 2002 a fixé ce modèle, qui s’appliquait d’abord à l’épargne-retraite avant de s’étendre à l’épargne salariale. L’idée était de limiter l’exposition au non-coté, jugé plus risqué pour un épargnant lambda, avec un plafond à 10 % et un plancher à 5 %. Depuis début 2025, une nouvelle loi permet de monter jusqu’à 15 % dans la poche solidaire, toujours avec un plancher à 5 %. Nous discutons avec les entreprises pour savoir si certaines souhaitent augmenter cette part.Ce volet solidaire attire-t-il les épargnants ?C’est un vrai argument différenciant. Ces fonds progressent d’ailleurs plus vite que l’épargne salariale des Français. Il y a deux types d’épargnants, ceux qui investissent par conviction, parce qu’ils veulent que leur épargne finance des projets utiles, et ceux qui arbitrent en fonction de la performance et du risque. Le label Finansol-Fair joue aussi un rôle important. Il garantit que les fonds répondent bien aux critères de solidarité pour les 10 % et d’ESG pour les 90 %. Chez Ecofi, nous y avons systématiquement recours.Les rendements sont-ils plus faibles sur cette poche non cotée ?Oui. Les 90 % sont investis dans une logique de performance financière, avec une gestion active. Sur la poche à impact, le rendement est positif, mais modeste. Nous octroyons des prêts à des taux moins élevés que les banques, autour de 2 à 3 % sur des maturités de deux ans et demi à trois ans. Sur du haut de bilan ou du quasi-fonds propres, les rendements sont compris entre 4 et 6 %, mais nous restons bien en dessous des TRI (taux de rendement interne) de 10 à 15 % dans le Private Equity classique.