Robeco - La Chine et l’année du serpent : glisser au niveau du plancher

20/02/2025 - source : Patrimoine 24

Dans le folklore chinois, le serpent symbolise l’intelligence, le mystère et le renouveau. L’année lunaire du serpent entraînera-t-elle un renouveau de la foi dans les valeurs et l’économie chinoises, alors que la manière dont le pays a glissé dans la déflation demeure un mystère ? Arnout van Rijn, investisseur multi-actifs, est bien de cet avis, anticipant un rebond à court terme des titres dans un contexte de perspectives macroéconomiques qui atteignent leur nadir.

Résumé : 

Les actions devraient surperformer les obligations si la déflation peut être enrayée ;

La Chine tente de passer d’une économie industrielle à une économie de consommation ;

Si les droits de douane de Donald Trump n’aident pas, c’est surtout la confiance intérieure qui s’avèrera déterminante. 

Le malaise de l’économie chinoise, la deuxième plus importante de la planète, est tel que les obligations nationales ont surperformé les actions ces quatre dernières années, même si le marché actions a marqué un certain rebond, porté par l’enthousiasme suscité par l’intelligence artificielle au cours des six derniers mois.

Il semble à présent que le vieux serpent soit en train de muer, bien que cette transformation dépende dans une large mesure de la fin de la déflation, un environnement marqué par une chute des prix, ce qui affaiblit la demande des consommateurs qui soutient l’économie, explique Arnout van Rijn, gérant de portefeuille au sein de l’équipe Solutions multi-actifs durables de Robeco. La déflation qu’a connue le Japon, qui a commencé dans les années 1990, a entraîné l’économie du pays dans un état de récession quasi-permanent.

« Nous avons abordé le scénario de la potentielle japonisation de la Chine dans nos Perspectives à cinq ans, et nous sommes arrivés à la conclusion que la Chine ne devrait pas connaître le même destin que le Japon, car son secteur immobilier est bien moins endetté, sa politique monétaire est plus saine et ses entreprises ne manifestent aucune aversion au risque », explique Arnout van Rijn. 

La fin de la déflation 

« Sur le plan de l’investissement, il devrait donc être logique que les investisseurs en actions surperforment les investisseurs en obligations dans le pays. À l’instar du Japon dans les années 1990, les investisseurs en obligations chinois ont profité, ces quatre dernières années, de l’entrée en déflation, tout comme les investisseurs en actions japonais ont profité de la sortie de la déflation. Toutefois, au cours des six derniers mois, les investisseurs en actions chinois sont sortis gagnants. Sommes-nous donc à la fin de la déflation en Chine ?

La consommation chinoise d’acier est sept fois supérieure à celle de l’UE, alors que l’UE et la Chine affichent un PIB comparable. La Chine est une économie très capitalistique qui est entrée dans une phase d’ajustement, le pays ayant toujours suivi l’approche « Contentez-vous de construire, l’usage viendra tout seul ». Fructueuse pendant des décennies, cette approche a toutefois été mise à mal récemment ; le serpent chinois veut muer et passer d’une croissance stimulée par les investissements à une croissance tirée par la consommation.

Ces efforts ont été vains, car la confiance des consommateurs est faible et la croissance des revenus est en train de fléchir. Les taux d’épargne restent remarquablement élevés, à 44 %. Et ceci pour deux raisons majeures: le manque de (confiance dans) la sécurité sociale, qui est séculaire, et la faiblesse du secteur immobilier, qui est cyclique, bien que ce cycle soit de longue durée. »  

Droits de douane vs croissance

Les efforts de relance de l’économie ne seront pas facilités par les droits de douane que le président américain Donald Trump a l’intention d’imposer à la Chine pour corriger le déséquilibre commercial abyssal entre ces deux pays. Le déficit commercial des États-Unis avec le reste du monde s’est creusé, atteignant 78,2 milliards de dollars en novembre 2024, dont 25,4 milliards de dollars avec la Chine.1 

« Cette année, le gouvernement chinois devra prendre des mesures pour le moins sinueuses pour atteindre son objectif de croissance de 5 % en améliorant la confiance intérieure, tout en composant avec un président américain qui bombe le torse », explique Arnout van Rijn. « La chute des prix de l’immobilier chinois a commencé à se stabiliser, mais il reste à voir si les serpents chinois feront de la chasse immobilière après le Nouvel An lunaire.

china-in-the-year-of-the-snake-slithering-over-the-bottom-fig1.jpgBaisse de la valeur des prix de l’immobilier en Chine, en glissement annuel. Source : NBS

 

La Chine n’a pas connu de forte inflation depuis plus de dix ans, car elle a su maîtriser sa croissance monétaire. L’Empire du Milieu a enregistré une inflation de seulement 2 % en 2022, alors que celle-ci était de 8 % aux États-Unis et en Europe. La déflation fait son nid, alors que les niveaux de dette sont à leur plus haut. Ce n’est pas de bon augure.

Selon nous, cette bataille n’a pas encore été remportée et son issue dépendra de l’efficacité des futures mesures à l’heure de stimuler les dépenses des consommateurs. Le Congrès du Parti National de mars sera le prochain forum susceptible d’apporter de nouveaux éclaircissements dans ce débat. Mais ne pariez pas là-dessus... nous nous attendons à ce que le serpent continue à glisser au niveau du plancher. »

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Références : 

1. https://tradingeconomics.com/united-states/balance-of-trade

Article rédigé par Arnout van Rijn, Portfolio Manager 

 

 

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