Sélectionner et distribuer des fonds d’actifs privés

02/02/2026 - source : Investissement Conseils

Depuis son recentrage sur les actifs non cotés opéré en 2021, AirFund connaît une forte croissance, avec près de 2 milliards d’euros collectés l’an passé. Yann Charraire, son Deputy CEO, nous présente la stratégie de l’entreprise et, en particulier, sa plate-forme de sélection de fonds mise à disposition des professionnels du patrimoine. Yann Charraire, Deputy CEO d’AirFund. Yann Charraire, Deputy CEO d’AirFund.

Investissement Conseils : Pouvez-vous nous présenter AirFund et son rôle ?

Yann Charraire : AirFund est une société créée en 2018 qui se situe au croisement de la technologie, notre ADN, et de la distribution de solutions d’actifs privés. Initialement, nous étions positionnés sur la distribution de fonds généralistes, de tous types de sociétés de gestion à destination de cabinets de conseil en gestion de patrimoine et de banques privées. En 2021, nous avons opéré un repositionnement stratégique en nous concentrant sur les actifs privés car il s’agissait de la classe d’actifs qui avait le plus de potentiel. En effet, du côté des distributeurs, cette classe d’actifs avait des besoins en termes de digitalisation de la distribution, mais aussi de sélection et d’accessibilité des fonds, tandis que les sociétés de gestion souhaitaient élargir leur base d’investisseurs à la clientèle privée.

Du côté de notre actionnariat, nous nous sommes, dans un premier temps, appuyés sur des Business Angels, certains connaissant bien notre secteur, à l’image de Vincent Taupin ou encore Guillaume Dard. Puis, en 2023, nous avons opéré une levée de fonds institutionnelle. Indosuez Wealth Management et Amundi ont ainsi injecté 6 millions d’euros et pris 25 % de notre capital. Leurs arrivées nous ont ouvert de nouvelles portes auprès de gérants, mais ont aussi rassuré nos clients et partenaires. Notre activité est d’ailleurs en forte croissance, puisqu’en 2024 nous avons collecté 500 millions d’euros et plus de 1,8 milliard d’euros en 2025 (1,5 milliard via des investisseurs institutionnels et plus de 300 millions d’euros via la clientèle privée). Pour cette année, nous comptons doubler de taille.

Aujourd’hui, la société compte trente-six personnes avec deux bureaux, à Paris et à Londres.

Concrètement, que proposez-vous au marché ?

Notre offre est double. Il s’agit, d’une part, d’une solution technologique, le cœur de notre activité, avec une plate-forme de distribution de fonds d’actifs non cotés à destination de sociétés de gestion ou de banques. Elle leur permet de digitaliser leur distribution, que ce soit en interne ou en externe. Tout un écosystème a ainsi été constitué pour créer du lien entre producteur et distributeur.

D’autre part, depuis un an et demi, nous sélectionnons et distribuons des fonds en BtoB. En effet, nous avons observé que les sociétés de gestion d’actifs privés et les acteurs de la distribution avaient besoin de se rapprocher. D’un côté, les sociétés de gestion ne connaissaient pas l’univers de la distribution, de l’autre, les conseils en gestion de patrimoine avaient besoin d’accéder aux fonds de ses sociétés de gestion de façon digitalisée. Avec cette marketplace, nous sommes à la fois sélectionneurs de fonds, mais aussi structureurs, puisque nous accompagnons les sociétés de gestion à proposer la forme de fonds la plus adaptée aux clients finaux, par exemple en créant des feeders.

Nous accompagnons également les conseillers en gestion de patrimoine dans leur montée en compétences, via beaucoup de pédagogie à l’aide de vidéos, de podcasts, de webinaires et d’une équipe commerciale sur le terrain quotidiennement.

Comptez-vous devenir société de gestion ?

Nous y travaillons, même si collaborer avec différents partenaires externes offre de la souplesse aux sociétés de gestion avec lesquelles nous collaborons. Mais obtenir le statut de société de gestion aurait l’avantage d’avoir une offre plus simple et de nous permettre de nous développer à l’international.

Comment sélectionnez-vous les fonds mis à disposition sur votre marketplace ?

Nous disposons d’un sélectionneur de fonds qui réalise un screening permanent de l’univers, avec cent-cinquante à deux cents fonds analysés chaque année dans toutes les sous-stratégies des actifs non cotés : Private Equity, infrastructures, dette privée, immobilier.

Par ailleurs, nous réalisons des due diligences sur les sociétés de gestion et les équipes de gestion, tout en observant la construction des performances passées et la politique de gestion des risques.

Dans les trois quarts des cas, les fonds que nous référençons sont issus de notre stock-picking, donc en fonction de nos convictions et de notre sentiment sur le contexte micro et macroéconomique, nous pouvons aussi référencer des fonds à la demande de nos distributeurs ; dans ce cas, nous réalisons une due diligence allégée. Par exemple, l’an passé, nous avions une forte conviction sur le segment du small et mid-market sur le Private Equity car plus résilient dans les périodes incertaines.

Pour un quart, il s’agit de sociétés de gestion qui souhaitent s’ouvrir à la clientèle privée.

Quelle est l’offre disponible ?

Ce sont dix à quinze fonds qui sont ouverts à la souscription en permanence, et l’offre va encore s’élargir cette année pour répondre à la demande de nos partenaires. Il s’agit aussi bien de flagships, des fonds tous terrains de fond de portefeuille gérés par de grandes sociétés de gestion, que de fonds de niche, par exemple éligibles à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts. De même, l’offre se compose aussi bien de fonds fermés à appels de fonds successifs que de fonds Evergreen.

Quel est le ticket d’entrée pour ces fonds ?

Sur les fonds fermés, il est de 100 000 euros. Pour les Evergreen, il est également de 100 000 euros pour les fonds qui ne sont pas Eltif 2, et à partir de 20 000 euros pour ceux ayant opté pour ce format.

Pourriez-vous nous présenter quelques fonds ?

Parmi les fonds de fond de portefeuille, nous proposons Capital Dynamics Mid-Market Direct VI, une solution de Private Equity en co-investissement de Capital Dynamics, un gérant mondial qui pèse plus de 15 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Ouvert aux souscriptions jusqu’à mi-2026, il s’agit du sixième millésime d’une stratégie qui délivre historiquement un TRI net de 24 %. Ce fonds investit principalement dans trois secteurs – la santé, les services aux entreprises et la Tech –, à hauteur de 50 % aux Etats-Unis et 50 % en Europe, et sur le segment du mid-market. Déjà bien investi, ce fonds est géré par une équipe stable.

Nous disposons également d’Otentiq Private Infrastructure III, un fonds spécifiquement créé pour la clientèle privée sur les infrastructures. Géré par Access Capital Partners (15 milliards d’euros d’encours), il intervient en co-investissement également. La classe d’actifs est attractive, car elle est résiliente, protège de l’inflation et génère des revenus réguliers. Il s’agit du troisième fonds de la société de gestion dans ce domaine.

Enfin, un fonds de niche cette fois-ci avec une solution de Founders Future, Founders Future Conviction Entrepreneurs, qui investit sur la Tech en venture capital et capital-croissance. Ce fonds accompagne des entrepreneurs européens en combinant early et last stage dans des domaines de l’intelligence artificielle et du BtoB. Certaines parts de ce fonds sont éligibles au dispositif de l’apport-cession.

Comment comptez-vous élargir votre offre cette année ?

Sur la structure de fonds, nous allons répondre à la demande de nos partenaires sur les solutions de type Evergreen, plus simples à commercialiser et à suivre dans le temps. En effet, cela évite les appels de fonds successifs, mais aussi annule l’effet de la courbe en J propre au Private Equity, tout en conservant un couple rendement-risque attractif. Pour autant, nous sommes ici très vigilants dans notre sélection, car ce type de fonds comprend généralement un nombre important de lignes. Nous nous écartons également des solutions qui embarquent un levier trop conséquent.

S’agissant des classes d’actifs, nous allons rester sur nos trois principales convictions, à savoir le LBO primaire, le secondaire et la dette privée, tout en restant prudents sur ce troisième segment car il existe actuellement une certaine fragilité.

Quelles sont vos convictions d’un point de vue géographique ?

Le marché européen a un potentiel de croissance important car les besoins de financement de l’économie sont énormes, aussi bien pour les entreprises que pour les infrastructures. Le marché américain est le plus important du monde, il est donc naturel de s’y exposer. Sur l’Asie, nous sommes plus opportunistes, avec un accès qui repose jusqu’ici sur des fonds globaux.

Combien de partenaires sociétés de gestion et distributeurs accompagnez-vous ?

Notre offre de fonds repose sur celle d’une trentaine de sociétés de gestion. Côté distribution, on compte mille sept cents partenaires utilisateurs d’AirFund, qui vont du cabinet de CGP unipersonnel au réseau bancaire, en passant par des groupements de CGP.