Malgré les tensions géopolitiques et les revirements politiques, la transition énergétique mondiale tient le cap. En 2024, l’investissement dans les énergies propres a atteint un record de 2 100 milliards de dollars, soit plus du double des niveaux de 2020. Leur essor est porté par l’électrification des transports, le chauffage et la climatisation, ainsi que par le déploiement accru des énergies renouvelables et des réseaux électriques intelligents.
Les défis persistent, en particulier aux États-Unis, où l'abrogation de l'Inflation Reduction Act (IRA) par le président Trump début 2025 a créé une incertitude. Cependant, fin 2024, l'IRA avait déjà généré 250 milliards de dollars d'investissements privés dans les énergies propres et permis la création de plus de 100 nouveaux sites de production. En Europe, la remise en activité temporaire de centrales à charbon a permis de répondre aux crises énergétiques, mais l'UE reste fidèle à ses ambitions climatiques, allouant 300 milliards d’euros mobilisés via le Pacte vert pour l’Europe et REPowerEU.
De son côté, malgré une dépendance persistante aux combustibles fossiles, la Chine a ajouté 216 GW de capacité solaire et éolienne en 2023, soit presque le double de la capacité totale du Royaume-Uni, tout en autorisant la construction de nouvelles centrales à charbon. À l'échelle mondiale, la transition énergétique reste inégale : les investissements stagnent aux États-Unis et reculent dans l'UE et au Royaume-Uni, tandis que la Chine dépense davantage que ces régions combinées. L'Inde et le Canada contribuent également à cette expansion.
Les investisseurs concentrent une grande partie de leur attention sur la transition en aval (énergies renouvelables, véhicules électriques et technologies propres). Cependant, nous reconnaissons que pour atteindre la neutralité carbone, il est également nécessaire de relever les défis en amont. Il s’agit notamment de faire face à des processus très consommateurs en matériaux tout en assurant la sécurité énergétique, condition clé pour développer efficacement des alternatives propres.
Les matériaux et le traitement en amont jouent un rôle déterminant
Le chemin vers un système énergétique sans carbone est littéralement pavé de métaux. Parvenir à un monde à émissions nettes nulles nécessite des intrants en amont. Les matières premières et les infrastructures sont essentielles au développement des technologies propres. Cuivre, lithium, nickel, cobalt et aluminium, ou les "big five" sont indispensables à la fabrication des panneaux solaires, des éoliennes, des batteries et des réseaux électriques, dont l’existence même en dépend. Ces matériaux verront donc logiquement leur demande s’accroître sensiblement au cours des prochaines années.
D’après les projections de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), la valeur du marché des minéraux essentiels à la transition dépassera 770 milliards de dollars d'ici 2040. Son scénario Net Zero Emissions (NZE), prévoit une demande appelée à presque quadrupler pour atteindre 40 millions de tonnes. Cependant, l’offre peine à s’ajuster, freinée par des coûts croissants, des procédures administratives complexes et des délais de développement qui atteignent désormais en moyenne 18 ans, entre la découverte et la production. C’est trois fois plus qu'au cours des années 1990.
Le recyclage constitue une source secondaire indispensable à l’extraction minière primaire. Sans la remplacer complètement, il contribue à améliorer la sécurité de l'approvisionnement, à réduire les déchets et à minimiser l'impact environnemental. Il offre également des opportunités d'investissements tout au long de la chaîne de valeur, de l'extraction primaire des minéraux (cuivre ou lithium, par exemple) à la mine urbaine, aux technologies de recyclage et à des matériaux innovants tels que le polysilicium et le ciment à faible teneur en carbone.
Alimenter les centres de données
L'électrification génère une hausse de la demande énergétique dans divers secteurs : les centres de données en sont un exemple clé. Aux États-Unis, ils représentaient 4,4 % de la consommation d'électricité en 2023, un chiffre susceptible d’atteindre 12 % d'ici 2028. À l'échelle mondiale, leur demande énergétique pourrait plus que doubler d'ici 2030, dépassant ainsi la consommation totale d'électricité du Japon. En dépit des initiatives de décarbonisation, nombre d’entre eux restent tributaires des combustibles fossiles pour garantir une alimentation ininterrompue. Bien que les énergies renouvelables constituent l’objectif final, leur caractère intermittent nécessite le développement de systèmes de stockage à l'échelle du réseau, des systèmes de secours et une production flexible.
Les secteurs énergivores, comme les centres de données, intensifient leurs efforts de décarbonisation, stimulés par des objectifs de neutralité carbone et la pression de l’opinion publique. Investir dans les moteurs du changement.
À l'échelle mondiale, l’économie réelle parle d’elle-même. Malgré les obstacles politiques, la Chine et l'Allemagne enregistrent des records d'installations de panneaux solaires à grande échelle, démontrant la compétitivité de ces technologies. Nous estimons également essentiel que les infrastructures énergétiques s’adaptent au nouveau mix de production énergétique. La panne d'électricité généralisée sur la péninsule ibérique en avril 2025 a servi de signal d'alarme pour les gouvernements, les services publics et les opérateurs de réseaux. Les réseaux électriques doivent être modernisés et renforcés pour faire face à une charge plus importante, décentralisée et volatile.
L’ensemble de ces évolutions convergent dans la même direction : la transition vers une économie bas carbone n'est pas une tendance passagère. Elle est là pour s’inscrire dans la durée.
Pascal Dudle, Responsable des Investissements à Impact et Thématiques, Gérant de Portefeuille chez Vontobel
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