Au fil du temps, la nécessité de garantir la stabilité financière et de prévenir les crises a mis en avant l'importance de l'indépendance des banques centrales. Cependant, ces dernières décennies, la crise financière mondiale, la crise de la zone euro et la pandémie de Covid-19 ont contraint de nombreuses banques centrales à estomper la frontière entre politique monétaire et politique budgétaire. Une indépendance des banques centrales mise à mal peut entamer la confiance des investisseurs et perturber les marchés financiers. Malgré les inquiétudes actuelles, le système de freins et contrepoids au sein de la Federal Reserve limite l’influence du président Trump sur la politique monétaire. Vontobel analyse plusieurs scénarios, allant d’une absence totale d’influence à une érosion progressive de l’indépendance de la Fed, voire à une prise de contrôle politique. L'objectif est d’aider les investisseurs à anticiper les conséquences possibles sur la confiance des investisseurs, les marchés obligataires, le dollar américain (USD) et l’économie dans son ensemble. Parmi les autres risques liés à une Fed sous pression figurent la limitation de l’accès aux lignes de swap en dollars pour des motifs politiques ainsi que l’accès restreint au discount window et aux Standing Repo Facilities pour les banques étrangères exerçant aux États-Unis.
Partie 1 : L’évolution de la politique monétaireBien que l’accent soit mis aujourd’hui sur l’indépendance des banques centrales, celles-ci ont été créées, du moins en partie, pour servir des intérêts politiques. En effet, la plus ancienne banque centrale du monde – la Swedish Riksbank (1668) – a été fondée pour prêter des fonds à l’État et servir de chambre de compensation pour le commerce. D’autres pays européens ont rapidement suivi, utilisant les banques centrales pour mettre en œuvre les politiques gouvernementales. Par exemple, la BOE a été créée principalement pour financer la guerre de l’Angleterre contre la France.
Au début du XXe siècle, une nouvelle vague de banques centrales a vu le jour, mettant l'accent sur la prévention des crises et la stabilité financière. Parmi ces banques centrales de « seconde génération » figurait la FED américaine. Avant sa création, les États-Unis connaissaient des paniques de marché fréquentes, des ruées bancaires et de nombreuses faillites. La panique de 1907 fut particulièrement grave, la Bourse de New York ayant perdu près de 50% de sa valeur par rapport au sommet de l'année précédente. En l'absence de banque centrale, des personnalités fortunées comme J.P. Morgan et John D. Rockefeller sont intervenues pour stabiliser le système financier. Cet épisode a servi de déclencheur au président Woodrow Wilson pour signer le Federal Reserve Act de 1913.
Moments décisifs : comment les crises mondiales ont façonné l’indépendance des banques centralesLa Fed a été confrontée à son premier test majeur à peine un an plus tard. Pendant la Première Guerre mondiale (1914–1918), elle a joué un rôle déterminant dans la stabilisation de l’économie et le soutien à l’effort de guerre. Des « Liberty Bonds » ont été émis auprès du public afin de financer les dépenses militaires. La hausse des dépenses publiques et la demande accrue de biens ont exercé une pression à la hausse sur les prix. La Fed a tenté de gérer cette situation en influençant les taux d’intérêt et les conditions de crédit, même si ses outils restaient encore limités à l’époque.
La Première Guerre mondiale a marqué un tournant majeur dans la politique monétaire, de nombreux pays (comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou la France) ayant abandonné l’étalon-or pour émettre davantage de monnaie fiduciaire et financer la hausse des dépenses. L’inflation qui en a résulté a servi de rappel percutant sur les risques encourus lorsque les gouvernements demandent à leur propre banque centrale d’imprimer de la monnaie à volonté.
Dans les années qui ont suivi la guerre, le concept d’indépendance des banques centrales a commencé à s’imposer. Cette idée mettait en avant que les banques centrales devaient disposer de l’autonomie nécessaire pour fixer les taux d’intérêt et mener leur politique monétaire sans ingérence politique à court terme.
Par Andrew Jackson, Head Investments & Head Fixed Income Boutique / Christopher Koslowski, Senior Investment Strategist / Gregor Kapferer, Head of Global & Swiss Bonds et Peter Zöllner, Senior Advisor Pour lire l'article dans son intégralité, cliquez ICI.
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